Jean-Claude Juncker jouait ce rôle entre François Mitterrand et Helmut Kohl. Le premier ministre luxembourgeois, alors cadet du Conseil européen, était l’intermédiaire entre Paris et Berlin au moment de porter l’euro sur ses fonds baptismaux. Nouveau casting mercredi à Bruxelles. Entre François Hollande et Angela Merkel, le médiateur est Herman Van Rompuy. Le président du Conseil européen a d’ailleurs d’emblée fixé les règles en accueillant ses 27 invités: «Une conversation franche et ciblée. Avec une réelle volonté de compromis.»

«Première étape»

La tâche, sur le papier, n’est pas impossible. Herman Van Rompuy, éphémère premier ministre conservateur belge entre décembre 2008 et décembre 2009, a le profil type du politicien chrétien-démocrate rompu à l’art des coalitions. La nouvelle donne française, avec un François Hollande désireux d’afficher sa rupture avec Nicolas Sarkozy, rend néanmoins l’exercice compliqué. «Face à Sarkozy le bulldozer impulsif, la méthode «expliquons-nous franchement» pouvait fonctionner, note un diplomate. Avec Hollande, beaucoup moins impétueux, tout est déjà très calculé. Donc les lignes sont plus difficiles à bouger.»

Côté officiel, Herman Van Rompuy a deux cartes en main alors que l’ouragan bancaire menace l’Espagne et que les élections grecques du 17 juin rendent tout le monde nerveux. La première est sa maîtrise de l’agenda. Il convoque les sommets. Il fixe l’ordre du jour. Il peut donc éviter les dérapages comme celui qui avait opposé Nicolas Sarkozy au président de la Commission José Manuel Barroso sur les expulsions de roms, en septembre 2010. Il n’a ainsi pas cessé, ces derniers jours, de rappeler à ses interlocuteurs que le dîner de mercredi n’est qu’une «première étape» avant les décisions à prendre lors du sommet des 28 et 29 juin.

Seconde carte: sa crédibilité budgétaire. Le Flamand Herman Van Rompuy a, comme ministre belge des Finances, présidé à une forte réduction du déficit de son pays entre 1993 et 1999. Il a dès lors l’oreille de Berlin et des alliés de l’Allemagne sur ce terrain de la rigueur: les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède ou la Finlande. Mais aussi celle de l’Italien Mario Monti.

Le problème est l’arrière-plan politique. François Hollande et ses conseillers sont convaincus que les institutions communautaires sont aujourd’hui à la peine face à Berlin. Paris sait que les propositions avancées à court terme pour relancer la croissance (euro-obligations de projets, emprunts de la Banque européenne d’investissement, taxe sur les transactions financières ou réaffectation des fonds structurels) ont toutes été étudiées, voire proposées par la Commission. Mais pour l’Elysée, seul un dialogue direct «viril» avec une Allemagne menacée de perdre ses marchés européens (60% de ses exportations) peut aboutir à des résultats. D’où le mystère que fait peser l’Elysée sur son soutien à la candidature de Wolfgang Schaüble pour présider l’eurogroupe.

Le nouveau président français, qui répète sans cesse le mot «croissance», est en plus convaincu que les conservateurs, derrière leurs accords de façade, ne souhaitent pas une vraie «réorientation de l’Europe». Herman Van Rompuy peut s’attendre à d’autres discussions «franches».