Madrid vient de prendre la tête de l’Union européenne pour les six prochains mois. Un moment important pour le pays et pour l’UE, qui va tester ses nouvelles institutions. Reste au Premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero, très affaibli, à ne pas rater le coche, selon Courrier international: «C’est la première présidence qui va se dérouler sous la nouvelle configuration bicéphale du pouvoir dans l’Union, avec la présence d’un président «fixe» aux côtés du président tournant.» «Une présidence de transition» pour un duo improbable, comme l’écrivent L’Agefi France et Le Point. A Bruxelles, indique Le Parisien, certains diplomates reconnaissent que la configuration, «qui a vocation à durer, ressemble un peu à une usine à gaz»: «Trop de présidents pour l’Union européenne?» questionne d’ailleurs L’Express.

Un des premiers défis pour Zapatero, relève La Vanguardia, sera donc «de partager ce premier rôle institutionnel avec le Belge Herman Van Rompuy, qui étrenne la nouvelle fonction supranationale», et l’Espagne devra absolument profiter de sa quatrième présidence «pour aller au-delà de la simple gestion de formalités, rôle peu spectaculaire qu’a assumé la présidence tchèque. Zapatero va devoir bien jouer ses cartes et animer ce semestre pour qu’il reste dans les mémoires grâce à des résultats solides et décisifs à long terme, surtout sur le dossier crucial de l’économie.»

Si pour Libération, il «essuie les plâtres de la cohabitation européenne» et que pour Le Monde, «la cohabitation s’annonce délicate», les deux objectifs demeurent clairs: trouver une réponse à la crise économique et mettre en œuvre le Traité de Lisbonne. Mais les quotidiens El País et El Mundo sont très partagés sur les chances de succès d’un gouvernement faible, lit-on sur le site Presseurop, qui joue la comparaison entre les deux journaux espagnols. Pour le premier, «la tâche ne sera pas aisée. Parmi les décisions les plus délicates du semestre se trouve le retrait des incitations fiscales, au sujet duquel les intérêts et points de vue des membres ne sont pas unanimes.» Et la marge de manœuvre sera faible sur cette courte période de six mois, puisque l’Union doit «construire son service diplomatique et formuler sa politique extérieure. Un agenda adéquat décidera du succès ou de l’échec en ce domaine, car la communauté internationale a quelques rendez-vous décisifs prévus en 2010, comme la révision du traité de non-prolifération des armes nucléaires ou le nouveau sommet sur le changement climatique.»

Vaste programme, donc, que le second des deux journaux madrilènes replace dans le contexte de cette présidence espagnole, «dont le travail sera donc rendu très opaque» derrière l’installation de Herman Van Rompuy et de la diplomate Catherine Ashton. Néanmoins, la crédibilité et la capacité de leadership de Zapatero «face aux autres dirigeants européens sont très faibles, étant donné que notre pays présente un taux de chômage de 18%, soit le double de la moyenne européenne, et que les indicateurs économiques nous placent en queue du peloton des Vingt-Sept. Dès lors, comment les autres Européens pourraient-ils faire confiance au président de notre gouvernement?» Et d’ajouter, sur un ton menaçant: «En marge de l’économie, l’Europe se doit d’être à nouveau un acteur important au sein du gouvernement mondial. Elle ne peut rester dans son état d’insignifiance actuel, qui a lamentablement été prouvé à Copenhague, où personne n’a écouté ce qu’elle avait à dire.»

«Dans un esprit de totale loyauté et de coopération, nous allons tâcher de consolider le nouvel ordre institutionnel de l’Union, qui nous permettra de résoudre les problèmes concrets nous préoccupant tous», disent pourtant de concert les deux présidents, cités par Le Figaro. Mais le navire européen pourrait bien rencontrer des difficultés, avertit le site Eurotopics, qui a traduit et cite quelques grands journaux du continent à ce propos. Ainsi, pour le Corriere della sera, les deux leaders se situent aux antipodes l’un de l’autre: «Herman Van Rompuy est très catholique, chef des chrétiens-démocrates, il se retire une ou deux fois par an dans un cloître belge et au titre de Premier ministre, il a prié en public aux côtés de son roi, Albert II. José Luis Rodríguez Zapatero est très laïc, chef des socialistes, Premier ministre espagnol et protagoniste des différents duels avec les évêques de son pays. Il ne rentre dans un cloître qu’en touriste et on ne l’a jamais vu prier aux côtés de son roi, Juan Carlos.»

«Deux coqs dans une basse-cour», et pourtant tout va bien? Le quotidien progressiste tchèque Mladá Fronta Dnes exprime également ses doutes, presque sous forme de devinette: «Il y en a un qui ne veut pas endosser son nouveau rôle et l’autre qui dissimule sa frustration.» Qui est qui? En tout cas, met en garde le quotidien conservateur allemand Frankfurter Allgemeine, il manque à l’Espagne «une base industrielle et une compétitivité internationale». Et d’analyser: Zapatero espère que les nuages sombres sur son pays miné par le chômage et la crise auront disparu avant sa prochaine campagne électorale en 2012. Pour ce faire, «il mise sur une stature internationale, en s’appuyant sur son rôle de dirigeant» européen. Mais «il pourrait rendre de bons services à l’UE et à l’Alliance atlantique, reconnaît la FAZ. Les alliés de l’Espagne devront examiner soigneusement une série de thèmes controversés comme les échanges avec les populistes de gauche latino-américains, la politique de séduction envers Cuba, la non-reconnaissance du Kosovo ou l’adhésion accélérée de la Turquie et de la Serbie, pour savoir si leurs intérêts correspondent à ceux de Zapatero.»