Alors même que le gouvernement Zapatero vient d'annoncer un durcissement du Code pénal contre les pédophiles (création d'un fichier spécifique, castration chimique pour les volontaires et liberté surveillée après leur sortie de prison), les policiers espagnols ont réussi un coup de filet retentissant.

Mercredi, Juan Manuel Vazquez, le chef de la Brigade d'investigations technologiques, la BIT, a annoncé une opération sans précédent menée au cours de la dernière semaine de septembre: 121 Espagnols de tous âges et de tous horizons sociaux ont été interpellés. La teneur du «butin» de cette opération policière contre la pornographie infantile sur Internet est édifiante: 347 disques durs saisis, ainsi que 1186 CD et DVD, soit des millions d'archives vidéo et photographiques mettant en scène des «abus sexuels sur mineurs d'une extrême dureté».

Parmi les détenus, répartis dans tout le pays, figurent des chômeurs, des retraités, des chauffeurs de taxi, des concierges, mais aussi des professeurs, des cadres supérieurs, un policier, un militaire de haut rang et... quatre adolescents de 17 ans. Le quotidien El Pais indiquait hier que le nombre de mineurs qui «consomment» du matériel pornographique infantile est en constante augmentation.

Plus d'un an d'enquête

Ces interpellations sont le fruit d'un travail d'enquête de plus d'un an, réalisé en collaboration avec les polices de 75 pays, en particulier avec la police fédérale brésilienne. Elle s'inscrit dans le cadre de l'opération «Carrousel», d'ampleur internationale, montrant qu'au moins 10% des connexions internet de ce genre détectées avaient lieu en Espagne.

La brigade dirigée par Juan Manuel Vazquez n'en est pas à son coup d'essai. Née en 1995, la BIT multiplie les coups de filet anti-pédophiles et augmente le nombre de ses arrestations de façon spectaculaire d'année en année - 52 en 2003, 238 en 2006 et un total de 1200 interpellations depuis cinq ans. Une efficacité lui valant le prix «Les enfants d'abord», bientôt décerné par l'Unicef. La BIT s'aide d'un logiciel spécial, Hispalis, qui permet de détecter et de fournir aux enquêteurs les identités précises des internautes se connectant sur des sites illicites et téléchargeant du matériel pornographique impliquant des mineurs.

Dans le palmarès de la brigade espagnole, figure l'opération «Kova», en 2005, à l'issue de laquelle le pédophile «Nanysew», qui commettait et orchestrait des viols d'enfants de 2 à 9 ans en Espagne, a écopé de 58 ans de prison. Ce verdict a été rendu l'été passé par l'Audience nationale, à Madrid. En 2006, les policiers espagnols lancent l'opération «Iceberg», qui voit l'interpellation de 27 personnes et permet de mettre au jour un réseau de pédophiles homosexuels échangeant des images de préadolescents abusés sexuellement par des adultes.

Cette année, grâce à la collaboration entre polices et de meilleures connaissances en informatique, il semble bien que les internautes pédophiles sont mieux «tracés» que jamais par la brigade espagnole. A preuve, la hausse rapide des détentions massives, quelque 400 depuis le début d'année.