Nouveau cafouillage au Vatican. Mercredi, le porte-parole du Saint-Siège, le Père Federico Lombardi, a dû désavouer son supérieur, le secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone, qui avait établi un lien entre l’homosexualité et la pédophilie. «Les autorités ecclésiastiques estiment qu’il n’est pas de leur compétence de faire des affirmations générales à caractère spécifiquement psychologique ou médical», a déclaré le Père Lombardi. Lundi, le cardinal Tarcisio Bertone, en déplacement au Chili, avait affirmé que «nombre de psychologues, de psychiatres, ont démontré qu’il n’y avait pas de relation entre célibat et pédophilie, mais beaucoup d’autres ont démontré, et m’ont dit récemment, qu’il y a une relation entre homosexualité et pédophilie. C’est la vérité, c’est le problème.»

Des propos qui n’ont pas manqué de susciter non seulement l’indignation des associations d’homosexuels, mais aussi la consternation des milieux médicaux et politiques. «Il s’agit d’un amalgame inacceptable que nous condamnons», a déclaré hier Bernard Valero, le porte-parole du Ministère français des affaires étrangères.

En Italie, différents partis politiques, de gauche comme de droite, ont critiqué les paroles du cardinal Bertone. «Il est vraiment déplaisant qu’encore aujourd’hui de hauts représentants de l’Eglise catholique se laissent aller à des analyses aussi grossières, proposant des thèses fausses, dommageables et démenties par l’Organisation mondiale de la santé et qui ne sont pas partagées par la majorité des catholiques», a dit la députée du Parti démocrate Anna Paola Concia. La députée du Peuple de la liberté Alessandra Mussolini, pourtant peu suspecte de sympathies pro-gay, a elle aussi estimé qu’«on ne pouvait pas lier l’orientation sexuelle à la pédophilie». Des psychiatres et des médecins ont expliqué que la pédophilie était une maladie qui concernait tant les homosexuels que les hétérosexuels.

Gaffes en série

Dans le communiqué publié hier, le porte-parole du Vatican rappelle toutefois une statistique concernant les abus sexuels au sein de l’Eglise, selon laquelle 10% d’entre eux sont des cas de pédophilie «au sens strict». Dans 90% des cas, il s’agit plutôt d’«éphébophilie». 60% de ces cas ont un caractère homosexuel et 30% une nature hétérosexuelle.

L’indignation provoquée par le cardinal Bertone suit celle qu’avait causée le Père Raniero Cantalamessa le Vendredi-Saint. Ce dernier avait indirectement comparé les critiques contre l’Eglise liées au scandale des prêtres pédophiles à l’antisémitisme. Le Vatican s’était vu obligé de publier un communiqué pour se distancier de ces affirmations.

Peu après, le cardinal Angelo Sodano avait établi un parallèle entre les attaques subies par Benoît XVI et celles dont Pie XII fait l’objet. Une manœuvre qui a déplu à la communauté juive.

Le scandale des prêtres pédophiles et les réactions maladroites de certains dignitaires ecclésiastiques commencent à coûter cher à l’Eglise catholique, qui perd des fidèles par milliers. En Allemagne, pour le seul mois de mars, deux diocèses de la région du sud-ouest, ceux de Fribourg et Rottenburg-Stuttgart, ont vu partir plus de 5000 membres, selon le quotidien Südwest Presse .