Église

Ce Vatican qui exacerbe la curiosité médiatique

Ferveur religieuse, fascination ou répulsion pour l’univers secret et mystérieux du Vatican? La démission historique de Benoît XVI et la tenue prochaine d’un conclave suscitent un engouement médiatique qui dépasse le poids de l’Eglise catholique dans le monde

Alors que le pape n’a eu de cesse de combattre «la sécularisation», la laïcisation des sociétés occidentales, confrontées à une baisse du nombre de catholiques et à une chute vertigineuse des vocations, toute nouvelle ayant trait au Vatican continue de susciter une vague d’attention des médias.

«C’est un paradoxe singulier: à la diminution progressive du nombre de pratiquants catholiques, au moins en Occident, et de l’influence sociale, morale, politique de l’Eglise romaine, semble correspondre une augmentation de l’intérêt pour celle-ci», s’étonne le vaticaniste du «Corriere della Sera», Vittorio Messori, qui se demande s’il s’agit d’un nouvel effet «Da Vinci Code».

Intrigue policière sulfureuse

De fait, dès l’annonce de Joseph Ratzinger, le 11 février, la via della Conciliazione qui mène à la basilique Saint-Pierre s’est remplie des minibus des plus grands networks tandis que les antennes paraboliques fleurissaient aux alentours. Et le service de presse du Vatican croule sous les demandes d’accréditations des médias du monde entier.

«Qui que soit le pape, c’est une figure extrêmement visible, il attire plus d’attention que tout autre leader religieux», explique Jesse Holcom, du prestigieux centre de recherche Pew à Washington. Et puis la démission du pape «a donné l’occasion de se poser tout un tas de questions sur l’institution, qui allaient au-delà de l’événement même». Selon une étude de l’institut, basée sur 2700 articles ayant trait à la religion tous médias confondus (journaux, sites web, télévisions, etc.) ces cinq dernières années, le chef de l’Eglise catholique (plus d’un milliard de fidèles) arrive en tête des citations (32%) loin devant… Barack Obama (12%).

Les journaux américains ont consacré de nombreuses pages ainsi qu’une grande part de leur courrier des lecteurs à l’événement, avec souvent un prisme très particulier: celui du scandale pédophile dans le clergé, beaucoup s’insurgeant contre la participation au prochain conclave du cardinal Mahony, accusé d’avoir couvert des prêtres accusés d’abus sexuels.

Pour Patrick Eveno, historien des médias à Paris, «c’est le poids d’une histoire multiséculaire, de la tradition, de la mémoire» qui explique cet engouement médiatique, «même s’il y a de moins en moins de catholiques en France».

Conclave dans la chapelle Sixtine, fumée blanche ou fumée noire, «au-delà de l’église catholique, c’est tout un rituel, ça fait appel à notre enfance», pense-t-il.

«Dans l’imaginaire populaire, même pour ceux qui ne sont pas catholiques, le Vatican exerce une fascination symbolique très forte», relève aussi Marco Politi, vaticaniste du «Fatto quotidiano» (gauche). «C’est un peu l’héritage de l’Empire romain dans ses formes de pouvoir», analyse-t-il, tout en estimant qu’après «le fort intérêt pour Jean Paul II, il y a eu une perte d’influence de Benoît XVI». Mais «le geste révolutionnaire» de Joseph Ratzinger a nettement ravivé l’intérêt car «il change fondamentalement la nature de la papauté», estime-t-il.

Aujourd’hui, «les gens ont envie de savoir ce qui va arriver et qui va arriver», relève Pam Cohen, éditeur web pour le «National Catholic Reporter», interrogé par téléphone à Kansas City, Missouri.

Pour Andrea Bellavita, chercheur spécialiste des médias à Varese (Italie), la couverture médiatique du Vatican, qu’il juge «surdimensionnée» dans son pays, tient au poids de l’Eglise dans la politique italienne: «Si l’on veut justifier l’importance du pape dans le pays, il faut construire un story telling quand il n’est pas là.» S’amusant de l’usage de Twitter par le pape, personnage «extraordinaire» qui s’est retrouvé confronté à un niveau d’échanges «digne de Lady Gaga», il note que la démission du pape a elle aussi modernisé et désacralisé sa fonction, surtout par comparaison avec son prédécesseur. «Un pape qui meurt comme un martyr, c’est un saint. Un pape qui démissionne, c’est un homme», résume le chercheur italien.

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