Excuses des uns, convocations des autres, audiences privées répétées et interventions pontificales. Depuis quelques jours et l’explosion de nouveaux scandales de pédophilie dans l’Eglise catholique, le Vatican connaît une activité particulière pour tenter de trouver une réponse adéquate à la mise en accusation de plusieurs prêtres dans différents pays, à commencer par l’Allemagne.

«La Curie a été surprise et est embarrassée devant la multiplication des récentes révélations qui ont aussi touché la chorale de Rastibonne, autrefois dirigée par le frère du pape, Georg Ratzinger, souligne le vaticaniste Bruno Bartoloni. Après les affaires aux Etats-Unis ou en Irlande, les prélats savaient que des scandales pouvaient éclater ailleurs mais ils ne s’attendaient pas à une telle cascade de dénonciations. Pendant longtemps, ils ont voulu considérer le phénomène des abus sexuels comme marginal».

Absence de concertation

Ainsi, face à la crise, le Saint-Siège a cafouillé. «Ils se sont retrouvés dans la boue et n’ont pas réussi à concorder tout de suite une ligne de défense. Ils n’ont pas su comment réagir», juge un vaticaniste allemand qui souhait conserver l’anonymat et qui poursuit: «La déclaration du Père Lombardi [ndlr: porte-parole du Vatican], mardi dernier est une bourde et témoigne d’une absence de concertation au sommet du Saint-Siège. Pour schématiser, il admet qu’il y a eu des abus sexuels, mais se défend en disant que l’Eglise catholique n’est pas seule dans ce cas.»

Précisément, le 9 mars dernier, Federico Lombardi avait déclaré sur les ondes de Radio Vatican que «concentrer seulement les accusations sur l’Eglise conduit à fausser la perspective». Il était allé jusqu’à prendre en exemple le cas de l’Autriche où, «sur une même période, les cas avérés de pédophilie dans les institutions sous tutelle de l’Eglise ont été de 17 alors qu’il y en a eu 510 dans d’autres endroits».

Collaboration avec la justice

Désormais, dans la tempête, le pape Benoît XVI tente, tant bien que mal, de reprendre le timon. Vendredi, il a reçu au Vatican le président de la Conférence épiscopale allemande, l’archevêque Robert Zollitsch pour discuter notamment des scandales qui touchent désormais 19 des 27 diocèses catholiques allemands. «Le pape a été très ému du récit des faits», a indiqué Mgr Zollitsch, ajoutant qu’il s’était félicité de «la nomination d’un évêque référent spécial» sur le thème des abus sexuels.

Pour tenter de mettre définitivement un terme aux polémiques, Joseph Ratzinger devrait publier un texte, sans doute le 17 mars prochain, dans lequel il compte réaffirmer le principe de la collaboration de l’Eglise catholique avec les autorités judiciaires dans le cas de pédophilie.

«Le pape Benoît XVI est celui qui a rompu avec la politique de l’occultation et fait un sérieux pas en avant», note le journaliste spécialiste Giancarlo Zizola. «Sur la question des abus sexuels, il est celui qui a choisi la politique de la transparence et de la coopération avec les autorités civiles», poursuit-il en rappelant qu’il a notamment rencontré les victimes de prêtres pédophiles aux Etats-Unis. Reste qu’au vu de l’ampleur des scandales, ce «pas en avant» risque d’apparaître insuffisant et les réponses de Benoît XVI trop timorées par rapport à l’émotion suscitée par les affaires.

Les scandales de pédophilie ont déjà relancé la question, à l’intérieur même de l’Eglise, du célibat des prêtres. Mais Benoît XVI a coupé court à la discussion en réaffirmant vendredi le caractère «sacré» de celui-ci. «Tout le monde sait que le célibat sera un jour réformé, mais pas sous le pontificat de Joseph Ratzinger», juge Bruno Bartoloni*. «Les scandales pourraient pousser le Vatican à revoir la formation des clercs en acceptant notamment d’utiliser la psychologie pour les futurs prêtres», estime de son côté Giancarlo Zizola, qui note toutefois que cette perspective apparaît en contradiction avec la «vision héroïque et solitaire» du sacerdoce selon le théologien Ratzinger. Et de s’interroger: «Le pape sera-t-il capable de changer?»

* Roman secret du Vatican, Editions du Rocher.

U Benoît XVI a fait accueillir, lorsqu’il était archevêque de Munich, en 1980, un prêtre pédophile présumé dans son archevêché pour qu’il y suive une thérapie, a annoncé vendredi l’archevêché de Munich. (AFP)