Le moindre chiffre sur la situation humanitaire au Venezuela est l’objet d’une bataille politique. D’un côté, le président autoproclamé, Juan Guaido, affirme que des centaines de milliers de ses compatriotes mourront s’ils n’obtiennent pas immédiatement une assistance. L’opposition appelle l’armée vénézuélienne à ouvrir les frontières à l’aide internationale. Une manière aussi de mettre le régime de Nicolas Maduro sur la défensive. Le second objectif est atteint: les images d’un pont bloqué par les militaires vénézuéliens à la frontière avec la Colombie font le tour du monde. En face, le président, Nicolas Maduro, maintient que son pays n’a pas besoin d’«aumône».

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Dans cette guerre des nerfs, les agences humanitaires marchent sur un fil. L’ONU est prête à venir en aide au Venezuela, mais à condition que le gouvernement en fasse la demande. De la même manière, le Comité international de la Croix-Rouge a pour premier interlocuteur les autorités en place, comme dans n’importe quel pays dans le monde. Il a doublé son budget pour ses opérations au Venezuela afin de répondre aux «énormes» besoins. Le président de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Francesco Rocca, sera à Caracas dès vendredi pour avoir une idée plus précise de la situation.

Des Vénézuéliens fuyant leur pays

L’indicateur le moins contestable de la descente aux enfers du pays est le nombre de Vénézuéliens qui le fuient. Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés, entre 5000 et 5500 personnes quittent chaque jour le Venezuela, rejoignant les plus de trois millions d’exilés en Amérique latine. La situation à l’intérieur des frontières est controversée. Le gouvernement vénézuélien, naguère si fier des avancées sociales permises par la manne pétrolière, est beaucoup moins disert.

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Des organisations sur place ne souhaitant pas être citées affirment que «le système de santé s’est effondré». 82% de la population n’aurait plus accès aux soins. Les familles doivent payer pour les rares traitements disponibles. Plus de la moitié des médecins du pays sont partis à l’étranger. Le Venezuela est en outre touché par plusieurs épidémies, comme la rougeole, la diphtérie ou la malaria. Plus de 79 000 personnes avec le VIH ne reçoivent plus d’antirétroviraux depuis 2017 et les décès ont été multipliés par trois depuis. On estime que ces dernières années, la mortalité maternelle a augmenté de 60%, l’infantile de 30% et qu’elle continue de progresser.

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