Colombie

«Le Venezuela transgresse constamment notre frontière»

Le colonel colombien Carlos Martinez Caballero met en garde contre les incursions vénézuéliennes en Colombie. Selon lui, Caracas continue de soutenir les guérillas de l’autre côté de la frontière

Les tensions frontalières augmentent entre le Venezuela et la Colombie. Après avoir accusé le gouvernement colombien de «fomenter des incidents et des provocations à caractère militaire dans le but de déclencher un conflit», Nicolás Maduro, le président vénézuélien, a déployé son armée à la frontière. Via un communiqué du groupe de Lima, qui rassemble dix pays, dont l’Argentine, le Chili ou encore le Costa Rica, datant du 17 juillet, la Colombie s’est dite préoccupée par la situation, qui risque de dégénérer.

L’élection d’Iván Duque, qui veut faire comparaître Maduro devant la Cour pénale internationale, et le récent rapprochement de la Colombie avec l’OTAN ont particulièrement électrisé les relations entre les deux pays. De passage à Genève, le colonel Carlos Martinez Caballero, trente ans de carrière dans l’armée, opposant à l’accord de paix avec la guérilla des FARC et qui vient d’entrer au parlement, tire la sonnette d’alarme.

Le Temps: Quelle est la source de ce conflit?

Carlos Martinez Caballero: Ce n’est pas nouveau et ça remonte à longtemps. Depuis le gouvernement d’Hugo Chávez, il y a toujours eu une sorte de provocation à l’égard de la Colombie. Chávez avait déclaré qu’il allait rétablir le territoire de son pays en annexant la partie orientale de la Colombie. C’est l’objectif du Venezuela et c’est pourquoi il y a régulièrement des incursions en Colombie. A chaque fois, les soldats ont prétexté ne pas s’être rendu compte d’avoir franchi la frontière. La frontière court sur 2200 kilomètres et elle est constamment transgressée. De plus, le Venezuela finance les guérillas en Colombie, en particulier l’Armée de libération nationale (ELN). Pour preuve, à Caracas, un quartier et des infrastructures ont été créés pour les accueillir.

Avez-vous des preuves de ces incursions?

En longeant la frontière, on voit sur le territoire colombien des traces de campements de ces rebelles; on comprend qu’ils sont passés grâce à la négligence de l’armée vénézuélienne.

Comment la Colombie devrait-elle réagir, selon vous?

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’à l’origine il n’y a pas de plan défini pour définir correctement la frontière. Nos politiques pensent que le conflit peut être réglé par voie diplomatique et c’est une solution. L’armée colombienne reste en retrait, attentive aux velléités vénézuéliennes, car il est vrai que nous nous concentrons principalement sur les problèmes internes jugés plus importants.

Quel est l’objectif de Nicolás Maduro?

Il fait de la provocation. C’est aussi une stratégie pour attirer les regards. Aujourd’hui, un éventuel conflit pourrait amener d’autres forces externes à s’opposer à la Colombie, comme le Nicaragua qui revendique des territoires maritimes. Même la position des Etats-Unis reste floue. Est-ce que, grâce à nos liens étroits, les Américains nous aideraient en cas d’attaque ou est-ce qu’ils songeraient avant tout aux bénéfices liés au pétrole vénézuélien? On reste dans le doute mais on sait qu’avec eux c’est «America First».

Pensez-vous que la situation va dégénérer?

Je ne sais pas… Mais cela ne profiterait à personne car comme le Venezuela, nous n’avons pas les moyens logistiques pour entrer en guerre sur le long terme. Et je pense qu’il faut éviter à tout prix un conflit armé. Cela dit, la Colombie devrait être plus active dans les contrôles et les patrouilles frontalières. C’est une faille importante.

Comment les Colombiens perçoivent-ils ces tensions?

Il n’y a pas de prise de conscience générale. La crainte se mesure sur une échelle, plus on est proche du conflit, plus on a peur. Les populations frontalières sont les premières victimes, donc elles sont souvent obligées de fuir, de se déplacer. A Bogotá, la situation est différente et c’est plus tranquille. La population appréhende le problème mais ne se sent pas concernée.

Considérez-vous aussi les Vénézuéliens qui fuient la crise économique comme une menace?

Les victimes de la crise économique sont des milliers à profiter des 200 points de passage illégaux pour entrer en Colombie [un million de Vénézuéliens se sont réfugiés en Colombie ces seize derniers mois, ndlr]. C’est problématique parce que nous n’avons pas les infrastructures nécessaires pour les accueillir dans les meilleures conditions, en particulier les malades dans des hôpitaux. Les réfugiés sont obligés de s’installer dans des camps montés à la hâte et bien souvent insalubres. C’est un vrai souci.

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