Genève internationale

Le Venezuela va entrer au Conseil des droits de l’Homme malgré les critiques

Alors que le gouvernement de Nicolas Maduro est jugé illégitime par les Etats-Unis, une partie de l’Amérique latine et l’Europe, le Venezuela a accédé au Conseil des droits de l’Homme en obtenant 105 voix sur 193 à l’ONU

Le Venezuela a obtenu jeudi, malgré les critiques d’ONG et de pays latino-américains, un siège au Conseil des droits de l’Homme pour la période 2020-2022, lors d’une élection organisée par l’Assemblée générale des Nations unies.

Caracas, qui a qualifié d’«importante réussite» son élection, a remporté 105 voix lors de ce scrutin marqué par des applaudissements à l’annonce du résultat du Venezuela. Une majorité de 97 voix sur les 193 membres des Nations unies était nécessaire pour l’emporter.

Deux sièges étaient à pourvoir pour l’Amérique latine. Le Brésil a obtenu le deuxième avec 153 voix. Le Costa Rica, qui avait tenté de faire barrage au Venezuela, n’a eu que 96 voix lors du scrutin qui s’effectuait à bulletin secret. «Quand on est en accord avec ses principes, il n’y a pas de défaite possible», a réagi sur Twitter le président du Costa Rica, Carlos Alvarado, en remerciant les pays ayant voté en sa faveur. Le Costa Rica n’avait déclaré sa candidature qu’à la dernière minute, début octobre.

Nicolas Maduro garde des soutiens importants

Lors d’une conférence de presse, le chef de la diplomatie chilienne, Teodoro Ribera, a fait part de sa déception. «Nous regrettons profondément cette élection, le gouvernement de Maduro ne mérite pas ce siège et il n’a pas les compétences pour l’occuper», a-t-il dit. Dans le monde, une cinquantaine de pays – dont les Etats-Unis, une partie de l’Amérique latine et de l’Europe – jugent illégitime la présidence de Nicolas Maduro et soutiennent son opposant Juan Guaido. Nicolas Maduro garde cependant de gros soutiens, venant notamment de la Russie et de la Chine.

L’élection du Venezuela «est une gifle» dans ce pays mais aussi pour le monde entier, a réagi Philippe Bolopion de l’ONG Human Rights Watch qui avait fait campagne contre la candidature de Caracas avec une cinquantaine d’autres ONG internationales ou vénézuéliennes. «C’est décourageant de voir une candidature cynique entacher la crédibilité du Conseil des droits de l’Homme», a-t-il déclaré à l’AFP.

Fin septembre, le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU avait décidé de créer un groupe d’experts chargés d’enquêter sur les violations des droits humains commises au Venezuela depuis 2014, une initiative qualifiée d’«hostile» par Caracas.

Une entrée en fonction en janvier

Basé à Genève, le Conseil des droits de l’Homme a la responsabilité de renforcer la promotion et la protection des droits humains. Ses 47 membres sont renouvelés chaque année pour environ un tiers d’entre eux. L’entrée en fonction des 14 nouveaux membres élus jeudi est prévue en janvier pour un mandat de trois ans.

Créé en 2006, la composition du Conseil des droits de l’Homme respecte le principe d’une répartition géographique, avec 13 sièges pour l’Afrique, 13 pour l’Asie-Pacifique, 8 pour l’Amérique latine et les Caraïbes, 7 pour l’Europe occidentale et autres et 6 pour l’Europe de l’Est.

Les 12 autres postes qui étaient à pourvoir jeudi ont été attribués comme suit: dans le groupe Afrique à la Namibie (175 voix), la Libye (168 voix), la Mauritanie (172 voix) et au Soudan (175 voix): dans le groupe Europe de l’Ouest à l’Allemagne (174 voix) et aux Pays-Bas (172 voix); dans le groupe Europe de l’est à l’Arménie (144 voix) et la Pologne (124 voix); et dans le groupe Asie et autres, à l’Indonésie (174 voix), au Japon (165 voix), à la Corée du Sud (165 voix) et aux Iles Marshall (123 voix).

La Moldavie (103 voix) est arrivée 3e dans son groupe qui ne pouvait avoir que deux sièges et n’a pas été retenue, tout comme l’Irak (121 voix), arrivé dernier dans le groupe Asie et autres.

Les membres du Conseil ne sont pas immédiatement rééligibles après deux mandats consécutifs. Ses membres peuvent être suspendus en cas de violations graves, mais seule la Libye l’a été en 2011.

Retrait américain

Le Conseil a succédé à la Commission des droits de l’Homme, discréditée par ses longs discours et ses partis pris. Il peine toutefois à rassembler les pays autour de la défense des droits fondamentaux et les Etats suspects de violations des droits humains mènent régulièrement la charge contre les enquêteurs et rapporteurs spéciaux par pays travaillant sur les régimes autoritaires.

Dénonçant son parti pris contre Israël, les Etats-Unis s’en sont retirés en 2018. Pour envisager un éventuel retour, Washington veut au préalable que l’exclusion des Etats membres commettant de graves violations soit votée à la majorité simple et non aux deux-tiers, et que le processus de sélection des Etats membres soit renforcé.

L’élection jeudi de Caracas «est un embarras pour les Nations unies et une tragédie pour le peuple du Venezuela», a réagi dans un communiqué l’ambassadrice américaine à l’ONU, Kelly Craft. «Elle prouve que le Conseil des droits de l’Homme est un organisme cassé et justifie le retrait des Etats-Unis», a-t-elle ajouté.

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