Venezuela

Venezuela: verdict dans cinq jours pour la procureure Luisa Ortega

Considérant le tribunal comme «inconstitutionnel et illégitime», la chaviste Luisa Ortega a refusé de comparaître devant la Cour suprême, mardi

La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, a refusé mardi de comparaître devant la Cour suprême (TSJ). Entrée en rébellion contre le président Nicolas Maduro, cette chaviste estime que son procès et sa future destitution sont déjà courus d’avance. Elle connaîtra son sort d’ici cinq jours.

«Nous prenons un délai de cinq jours pour prendre notre décision et la publier», a déclaré mardi le président de la Cour suprême (TSJ), Maikel Moreno. Il s’exprimait à l’issue de l’audience à laquelle la procureure a refusé de comparaître.

«Je ne vais pas me soumettre à ce tribunal inconstitutionnel et illégitime», avait-elle déclaré devant la presse juste avant l’audience. «Le TSJ va perpétrer une nouvelle violation (de la loi) pour annuler la dernière institution capable de défendre les personnes et les manifestants.»

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«C’est pour cette raison que je n’y suis pas allée, je ne vais pas valider un cirque qui teindra notre histoire de honte et de douleur et dont la décision est connue d’avance», a-t-elle dit. Car «nous savons déjà que dès aujourd’hui sera lancée l’opération pour me destituer».

Sa santé mentale pointée du doigt par ses adversaires

Peu après la fin de son discours, prononcé au siège du Ministère public, l’audience devant le TSJ, dont le bâtiment était gardé par l’armée, a commencé. Dès son ouverture, le président du tribunal Maikel Moreno a estimé que «la responsabilité de Luisa Ortega» était «d’ordre éthique et moral». Il a ensuite laissé la parole au député Pedro Carreño, du parti socialiste au pouvoir, à l’origine de la procédure.

«Elle a vendu son âme au diable […] elle a fixé un prix, elle est devenue traîtresse comme Judas […] qui avait été acheté pour 30 pièces d’argent.»

Après des semaines de bras de fer par déclarations interposées, le sort de la procureure générale de 59 ans, plus haute responsable chaviste (du nom d’Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013) à défier Nicolas Maduro, est entre les mains du TSJ, organisme considéré comme proche de l’exécutif.

Le député Carreño l’accuse d’avoir commis des «fautes graves dans l’exercice de ses fonctions». Il exige que soit évaluée sa santé mentale, car «il est clair que cette dame n’a pas toute sa tête». Avant sa comparution, Luisa Ortega a été frappée d’une interdiction de sortie du territoire et a vu ses actifs gelés.

En toile de fond, c’est son discours étonnamment critique envers le président vénézuélien, pour une personnalité faisant partie de son camp, qui irrite le pouvoir, car il risque d’approfondir davantage encore les fractures entre les chavistes.

«Une tentative de coup d’Etat contre la procureure»

Même s’il bénéficie du précieux soutien de l’armée, Nicolas Maduro est sous pression. Il est confronté depuis début avril à des manifestants qui l’accusent du naufrage économique de leur pays, pourtant riche en pétrole et qui exigent son départ immédiat.

«Je vous assure que je ne me reposerai pas tant que le Venezuela n’aura pas retrouvé le chemin des libertés», s’est exclamée lundi Luisa Ortega. Elle s’exprimait face au parlement, seule instance dominée par l’opposition depuis début 2016, appelant à «lutter pour la démocratie».

Si la Cour suprême entamait un procès et la reconnaissait coupable, Luisa Ortega pourrait être destituée, une décision qui requiert le feu vert du parlement. Cette perspective est difficile à envisager: les députés de l’opposition ont ovationné Luisa Ortega dans l’hémicycle lundi. Mais depuis un an et demi, le TSJ annule systématiquement toutes les décisions du parlement. Il ne devrait donc pas tenir compte de son avis. Dès mardi il a désigné comme vice-procureure et donc possible successeur de Luisa Ortega l’avocate chaviste Katherine Harrington, sanctionnée en 2015 par les Etats-Unis pour violations des droits de l’homme.

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«Nous sommes face à une tentative de coup d’Etat contre la procureure, qu’on essaie d’écarter de son poste de façon frauduleuse», commente l’expert en droit constitutionnel José Ignacio Hernandez, prédisant une «radicalisation de la crise».

Finalement, «la stratégie plus agressive de Maduro envers les dissidents chavistes va probablement se retourner contre lui», observent les analystes du cabinet Eurasia. D’une part, elle inciterait Luisa Ortega à «encore davantage s’exprimer publiquement et de façon plus agressive contre le régime». D’autre part, cette «persécution des dissidents chavistes va encourager l’opposition à continuer ses manifestations».

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