L’état de santé de leur président, Hugo Chavez, opéré à Cuba le 11 décembre 2012, reste incertain et «délicat». Dimanche, le vice-président, Nicolas Maduro, annonçait de La Havane que le chef de l’Etat avait présenté de «nouvelles complications, conséquences de l’infection respiratoire déjà diagnostiquée». Mais mardi soir, Nicolas Maduro se montrait plus optimiste, affirmant qu’Hugo Chavez, «conscient» des difficultés de sa situation post-opératoire, lui avait serré la main «avec une force gigantesque».

Au pouvoir depuis quatorze ans, réélu avec 55% des voix en octobre dernier, Hugo Chavez a fait le choix de ne pas donner de détails concernant le cancer qui lui a été diagnostiqué en juin 2011. Mais la gravité de son mal ne fait plus de doute. Et la possibilité de le voir, le 10 janvier, prêter serment comme prévu pour un nouveau mandat de six ans diminue de jour en jour. Le président avait lui-même envisagé ce risque, en demandant à ses concitoyens de voter pour Nicolas Maduro, en cas de nouvelle élection présidentielle. C’était le 8 décembre 2012, date de sa dernière apparition en public.

Les deux concerts prévus à Caracas pour le réveillon et les cérémonies officielles ont été annulés. «J’ai compris dimanche, en voyant la tête de Maduro, que notre commandant allait peut-être mourir. Avant je n’y croyais pas, soupire Lourdes Sierra, institutrice et militante chaviste. Hugo Chavez a tant fait pour le peuple.»

Les hauts et les bas du président tiennent le pays en haleine et en prière. Les ministres d’Hugo Chavez, tout socialistes qu’ils sont, ne cessent d’appeler le peuple à prier pour la santé du chef de l’Etat. Partout dans le pays, des oraisons s’organisent. Et les églises sont inhabituellement pleines. Devant les caméras de la chaîne de télévision d’opposition Globovision, le cardinal Jorge Urosa, archevêque de Caracas, a lui aussi appelé à prier pour Hugo Chavez mardi, en soulignant que l’incertitude concernant l’état de santé du président serait «pleinement dissipée» le 10 janvier. «Nous saurons tous à quoi nous en tenir», a déclaré le prélat.

Agé de 58 ans, Hugo Chavez a été opéré quatre fois en dix-huit mois. Mais aucun médecin ne s’est jamais officiellement prononcé sur son état de santé. Seuls son vice-président et ses ministres les plus proches le font. Et les termes restent très vagues. Le traitement auquel Hugo Chavez est soumis pour faire face aux dernières complications n’est pas «dénué de risques», a ainsi déclaré Nicolas Maduro dimanche. Les médias se font l’écho de supposées fuites médicales. Le quotidien espagnol ABC affirmait ainsi mardi que le président vénézuélien, dont «les signes vitaux sont très faibles», était dans le coma et sous assistance artificielle.

Faute d’informations crédibles, les rumeurs et les conjectures médicales occupent les conversations. «Trente millions de Vénézuéliens, trente millions d’oncologues», résume l’analyste Ignacio Avalos. Tout est sujet à interprétation: pourquoi Nicolas Maduro a-t-il fait le voyage à La Havane? Pourquoi est-il apparu aux côtés de la fille d’Hugo Chavez? Sur les réseaux sociaux, la nouvelle de la mort de Chavez revient inlassablement. Mardi soir, le ministre de la Science et de la technologie, Jorge Arreaza, demandait à ses compatriotes de ne pas croire à ces «rumeurs mal intentionnées». Jorge Arreaza, qui est également le gendre d’Hugo Chavez, affirmait que celui-ci avait passé une journée «calme et tranquille en compagnie de ses enfants».

Dans son message de bonne année diffusé sur le réseau Twitter, le chef de l’opposition, Henrique Capriles, a lui aussi appelé, mardi, ses compatriotes à commencer l’année «sans rumeurs ni haines». Depuis la nouvelle rechute d’Hugo Chavez, l’opposition a décidé de s’en tenir à la discrétion. «C’est la seule attitude politiquement correcte alors qu’Hugo Chavez se bat contre la mort», résume en privé un député. Mais la Table d’unité démocratique (MUD), qui réunit les principales formations d’opposition, demande désormais que soit déclarée la «défaillance temporaire» du président, un cas de figure prévu par la Constitution. Officiellement, Hugo Chavez exerce toujours ses fonctions de chef de l’Etat. Il ne les a que partiellement déléguées à son vice-président.

Que se passera-t-il si Hugo Chavez n’est pas en mesure de prêter serment le 10 janvier? Le débat constitutionnel est engagé. Pour l’opposition, la défaillance absolue du chef de l’Etat devra être déclarée, et des élections devront être organisées dans les trente jours. Mais, au sein de la mouvance chaviste, certains évoquent la possibilité de reporter l’investiture.

Un communiqué du Ministère des relations extérieures a fait savoir, mardi, qu’Hugo Chavez et son gouvernement félicitaient Cuba et son président, Raul Castro, à l’occasion du 54e anniversaire de la révolution cubaine. La coopération entre les deux pays n’a cessé de se renforcer au cours des dernières années. Cuba prodigue au Venezuela ses médecins, ses cadres et son savoir-faire révolutionnaire. Le Venezuela fournit à l’île du pétrole à des conditions préférentielles. «C’est quand même incroyable d’imaginer Fidel Castro à l’enterrement d’Hugo Chavez», soupire Lourdes, contenant un sanglot.

Sur les réseaux sociaux, la nouvelle de la mort du président Chavez revient inlassablement