Yasser Arafat est arrivé vendredi vers 12 h 30 à l'aéroport de Villacoublay, au sud-ouest de Paris, dans un avion médicalisé du gouvernement français. Il a pris ensuite la direction de l'hôpital militaire de Percy à Clamart, situé à une dizaine de kilomètres de là. Au même moment, à Rome, Jacques Chirac déclare: «Il allait de soi que la France, terre d'accueil, ne mettrait pas en cause le droit du président de l'Autorité palestinienne de venir se faire soigner dans notre pays.» Cette explication a le mérite d'être lisse. Elle est insuffisante. La France, et Jacques Chirac en particulier, entretient depuis longtemps des relations privilégiées avec Yasser Arafat.

En 1974, le ministre des Affaires étrangères Jean Sauvagnargues le rencontre alors qu'il est encore considéré comme un pestiféré par une grande partie de la communauté internationale. Le premier ministre qui qualifie alors cet événement d'«historique» s'appelle Jacques Chirac. Le 23 octobre 1996, devenu président de la République, il déclare à Ramallah devant le Conseil législatif palestinien: «Je ressens, Monsieur le président, comme un grand honneur d'être le premier chef d'Etat étranger invité à s'exprimer devant la première assemblée librement élue par le peuple palestinien, sur sa terre», et il exprime son «émotion de retrouver dans sa patrie, celui qui incarne ce choix, le président Yasser Arafat.»

Cette politique a son discours fondateur. Il s'agit d'une conférence de presse du général de Gaulle, le 27 novembre 1967, quelques mois après la guerre des Six-Jours. Le général de Gaulle y rappelle sa rencontre avec le ministre israélien des Affaires étrangères avant le déclenchement du conflit: «Si Israël est attaqué, lui dis-je alors en substance, nous ne le laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre initiative.» Il poursuit: «On sait que la voix de la France n'a pas été entendue. Israël, ayant attaqué, s'est emparé […] des objectifs qu'il voulait atteindre. Maintenant, il organise, sur les territoires qu'il a pris, l'occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s'y manifeste contre lui une résistance, qu'à son tour, il qualifie de terrorisme.» La politique française restera ensuite en équilibre entre la défense du droit à l'existence de l'Etat d'Israël et la défense du droit des Palestiniens à choisir leur propre destin.

Quand François Mitterrand devient président de la République en 1981, il est considéré comme un «ami» d'Israël. Le 4 mars 1982, il dit devant la Knesset: «Pourquoi ai-je souhaité que les habitants arabes de Cisjordanie et de Gaza disposent d'une patrie? Parce qu'on ne peut demander à quiconque de renoncer à son identité ni répondre à sa place à la question posée. Il appartient, je le redis aux Palestiniens comme aux autres, de quelque origine qu'ils soient, de décider eux-mêmes de leur sort.»

Renoncer à la destruction d'Israël

En été 1982, François Mitterrand ordonne aux militaires français qui sont à Beyrouth d'assurer l'évacuation de Yasser Arafat et de l'OLP menacés par l'armée israélienne. En novembre, interrogé par Le Monde sur une éventuelle condition posée pour rencontrer le leader palestinien, il répond: «Je n'ai pas eu à poser de condition. J'ai simplement exprimé le vœu que l'OLP renonce à se fixer pour objectif la destruction de l'Etat d'Israël. Elle créerait ainsi un fait politique nouveau dont chacun devrait tenir compte.» Ce fait nouveau survient à la fin 1988. En mai 1989, François Mitterrand est le premier chef d'un grand Etat engagé dans la région à recevoir officiellement Yasser Arafat.

Michel Barnier, le ministre français des Affaires étrangères, était en juin dernier à Ramallah, désertée par les représentants des Nations, et il y répétait que Yasser Arafat est un «président élu et légitime». Il y a une quinzaine de jours, il était en Israël et il tentait encore de convaincre ses interlocuteurs de la validité de la doctrine selon laquelle on ne choisit pas son adversaire. C'est sur ce fond doctrinal – il remonte à la décolonisation – que la France a reconnu le président de l'Autorité palestinienne. Et c'est pour cette raison qu'il est venu à Paris, pour s'y soigner ou pour y mourir.