états-unis

Des verdicts disproportionnés

Contrairement au vigile bénévole George Zimmerman, Marissa Alexander, une femme battue dont le cas est devenu emblématique aux Etats-Unis, n’a pas pu se prévaloir de la loi «Stand your Ground» pour se protéger, et a été condamnée à 20 ans de prison. Même si comparaison n’est pas raison, quelques réflexions de notre correspondant aux Etats-Unis, Stéphane Bussard

George Zimmerman, vigile bénévole qui a tué, selon lui et les avocats de la défense, en état de légitime défense un jeune Afro-Américain de 17 ans, non armé, Trayvon Martin, a été acquitté samedi soir par un jury populaire de Sanford. Son acquittement s’est basé sur la loi «Stand Your Ground» (résiste) qui permet à une personne qui se sent menacée dans son intégrité corporelle d’utiliser son arme à feu contre l’agresseur. L’acquittement a suscité une vague d’indignation. Mark Geragos, avocat pénaliste qui a défendu des cas comme celui de Michael Jackson, n’a pas caché sa colère dimanche soir sur CNN. A ses yeux, l’accusation a saboté d’emblée le procès en renonçant à prendre en compte devant la cour tout ce qui a précédé la tragédie, à savoir l’appel de George Zimmerman au numéro d’urgence 911, le fait qu’il ait suivi Trayvon Martin alors que le 911 lui demandait explicitement de rester dans sa voiture, les appels au secours que certains ont cru venir de Trayvon Martin et d’autres de George Zimmerman. Le pire, explique Mark Geragos, c’est qu’à la fin du procès, l’accusation est partie d’emblée du principe que Trayvon Martin était sur le corps de George Zimmerman (pour lui frapper la tête sur le pavé) alors que cet élément n’a pas été élucidé.

Marissa Alexander a, elle, moins de chance. En mai 2012, elle a été condamnée à 20 ans de réclusion. A-t-elle, comme George Zimmerman, tué quelqu’un? Non, menacée par son mari Rico Gray, elle est allée dans sa voiture prendre une arme qu’elle possédait légalement. A son retour, elle a tiré contre un mur et la balle a fait ricochet contre le plafond. Ni son mari, ni ses enfants n’ont été touchés. Mais en vertu de la loi «10-20 life», elle a été condamnée à 20 ans de prison.

Or cette détentrice d’un mastère a été régulièrement battue et maltraitée par son mari, finissant même un jour à l’hôpital alors qu’elle était enceinte après avoir été jetée dans la baignoire. Le mari a eu cinq femmes différentes et est connu pour être violent envers elles. Marissa Alexander croupit actuellement en prison alors qu’elle a un enfant en bas âge et des jumeaux de plus de 13 ans. L’un des juges a été très clair: la condamnée aurait pu s’enfuir au lieu de tirer des coups de pistolet. Un tel commentaire n’a pas été prononcé par la justice dans le cas de George Zimmerman.

Deux poids, deux mesures

Quand on songe au cas de ce dernier, la différence de traitement des deux cas est scandaleuse. Marissa Alexander s’est vu refuser le droit d’invoquer la loi «Stand Your Ground» en vigueur en Floride depuis 2005. C’était pourtant une femme battue et les mauvais traitements qu’elle subissait ont été notifiés auprès des autorités de Jacksonville. George Zimmerman, en revanche, a été acquitté sur la base de cette même loi de légitime défense alors que rien ne prouve qu’il n’a pas agressé sa victime Trayvon Martin, qui n’était pas armé. Et contrairement à Marissa Alexander, il a estimé agir en légitime défense en un lieu public, alors que la jeune femme de Jacksonville était chez elle, menacée par son mari.

La représentante démocrate de Floride, Corinne Brown, a pris la défense de Marissa Alexander à bras-le-corps, outrée par un système pénal biaisé. Elle tire deux leçons: «Si des femmes victimes de violence domestique essaient de se protéger, la loi «Stand your Ground» ne s’applique pas à elles. Et si vous êtes Noire, le système vous traite différemment.» Marissa Alexander n’avait par ailleurs aucun antécédent.

Qui était la procureure en charge du dossier Alexander? Angela Corey, la magistrate qui a également supervisé le travail de l’accusation dans le procès de George Zimmerman.

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