France

A Verdun, l’Histoire à la rescousse du couple franco-allemand

La commémoration dimanche du centième anniversaire de la bataille de Verdun, 50 ans après la cérémonie du cinquantenaire présidée par le général de Gaulle masque mal les divergences croissantes entre Paris et Berlin

Et s’il ne restait plus au couple franco-allemand que les commémorations historiques pour continuer d’apparaître uni? A Verdun dimanche, François Hollande et Angela Merkel ont en tout cas tout fait pour gommer leurs divergences afin d’apparaître comme les dignes héritiers de leurs anciens «mentors» François Mitterrand et Helmut Kohl.

Le 22 septembre 1984, devant l’ossuaire de Douaumont où le président français et la Chancelière allemande se sont recueillis hier à l’issue d’une journée de rencontres et d’hommages, leurs prédécesseurs – tous deux forgés par la Seconde Guerre mondiale – avaient impressionné le monde entier en se tenant par la main, comme figés dans le recueillement en mémoire de la «mère de toutes les batailles», qui fit plus de 700 000 victimes et 370 000 morts entre le 21 février et le 19 décembre 1916. Moins d’émotion cette fois-ci, mais des mots pour redire une volonté commune qui, lors des sommets à Bruxelles, paraît souvent étiolée: «Rappelons ici à Verdun que l’Union européenne est la plus vaste communauté de pays démocratiques a souligné le chef de l’Etat français. Mais reconnaissons lucidement que l’Europe est fragile. La France et l’Allemagne ont des responsabilités particulières. Celle de porter une ambition européenne. De donner les moyens à l’Europe d’agir dans le monde. De mettre fin à des conflits qui sont à nos portes.»

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Fait important, la date choisie pour cette commémoration scénographiée en partie par le cinéaste allemand Volker Schlöndorff, n’était pas celle du début des hostilités il y a un siècle, lorsque le commandant en chef allemand Erich Von Falkenhayn avait décidé, en passant à l’attaque le 21 février 1916, de «saigner à blanc l’armée française» sous un déluge d’obus. Le 29 mai, cinquante ans jour pour jour après la célébration du cinquantenaire de la bataille par le général de Gaulle (venu seul, car son complice Konrad Adenauer avait quitté la Chancellerie en 1963) est en effet moins politiquement chargé et plus propice à une cérémonie conjointe. C’est à partir de cette date que l’armée française du général Pétain commença à redresser la tête, avant que le général Nivelle enraie définitivement l’offensive allemande. C’est en mai 1996, soit il y a vingt ans, qu’avait par ailleurs été classé monument historique l’ossuaire de Douaumont dont les premières pierres avaient été posées en août 1920 par Philippe Pétain, entre-temps promu maréchal. Une première stèle commune, en français et en allemand, y a été inaugurée hier.

Une confrontation violente sur la crise des migrants

Difficile, toutefois, de ne pas dresser un parallèle entre le brouillard qui entourait ce dimanche François Hollande et Angela Merkel au cimetière de Consenvoye lorsqu’ils ont tous deux évoqué «l’esprit de Verdun», et la réalité de plus en plus floue de l’axe franco-allemand en Europe. «L’histoire et les mots d’amour nostalgiques entre Paris et Berlin ne peuvent pas remplacer les preuves d’amour, or celles-ci sont de plus en plus rares», déplorait voici quelques jours devant nous, lors de son passage à Paris, le président du groupe libéral au Parlement européen Guy Verhofstadt, auteur du Mal européen (Ed. Plon). A preuve: la confrontation violente sur la crise des migrants, illustrée par les critiques formulées contre la politique d’accueil allemande par le premier ministre Manuel Valls à Munich à la mi-février, et le fossé actuel au sujet du traité de commerce transatlantique (le TTIP) en cours de négociation, qu’Angela Merkel continue de défendre alors que François Hollande a redit début mai qu’il n’en voulait pas à ce stade.

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Tout juste de retour du sommet annuel du G7 qui s’est tenu la semaine dernière sur l’île de Ise-Shima, au Japon, le président français et la chancelière allemande ont néanmoins conscience d’une ligne rouge vif: le vote britannique sur la sortie ou non du Royaume-Uni de l’UE, le 23 juin prochain. Pas question, d’ici là, de se montrer divisés. En français, et recourant au tutoiement familier, Angela Merkel a donc logiquement redit hier à François Hollande «qu’il n’y a plus de tranchées qui (nous) séparent». «Aimons notre patrie, mais protégeons notre maison commune», lui a répondu son hôte, devant les présidents du Parlement européen Martin Schulz, et de la Commission Jean-Claude Juncker. Alors que les fondements de cette maison, justement, subissent ces temps-ci des coups de boutoir répétés.


Repères

La date

Plutôt que de commémorer le centenaire de la bataille le 21 février, date du début des hostilités en 1916, le choix a été fait de le célébrer le 29 mai, 50 ans après la journée historique du cinquantenaire que le général de Gaulle avait passé dans la ville, puis à l’ossuaire de Douaumont.

Les faits

Du 21 février au 19 décembre 1916, la terrible bataille de Verdun voit s’affronter les troupes allemandes de Von Falkenhayn à l’armée française commandée par Pétain, puis Nivelles. Cette «mère de toutes les batailles» aura entraîné la mort de 378 000 Français et de 337 000 Allemands.

L’artillerie

Verdun rime avec l’utilisation intensive de l’artillerie. Plus de 53 millions d’obus sont tirés durant la bataille dont 1/4 n’a pas explosé. On continue aujourd’hui d’en déterrer.

Le mémorial

L’ossuaire de Douaumont, inauguré en 1932, abrite les restes de 130 000 soldats inconnus français et allemands. C’est là que François Mitterrand et Helmut Kohl ont été photographiés main dans la main le 22 septembre 1984.

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