Éditorial

La vérité selon Robert Mueller

ÉDITORIAL. Pas de révélations tonitruantes lors de l’audition du procureur indépendant devant le Congrès, et une prestation plutôt faible. Les démocrates, divisés à propos d’une éventuelle procédure de destitution, ont-ils tiré leurs dernières cartouches?

Près de deux ans d’investigations, 200 poursuites pénales et 37 inculpations. Avec son enquête sur l’ingérence russe dans la présidentielle américaine de 2016, le procureur indépendant Robert Mueller a achevé un travail aussi périlleux que titanesque. Sans jamais céder aux pressions. Donald Trump a voulu le limoger, mais l’ex-patron du FBI est toujours debout.

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Son rapport de 448 pages était très attendu. Son audition, mercredi devant le Congrès, tout autant. Une partie de l’Amérique a retenu son souffle. Il n’y a pourtant pas eu de révélations fracassantes. Cela n’a rien d’étonnant: Robert Mueller avait annoncé, lors d’une rare apparition publique, que son rapport serait son «seul témoignage».

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Il s’en tient à ses conclusions: il y a bien eu ingérence russe en 2016, mais sans preuves de collusion avec l’équipe de Donald Trump. Quant au dossier de l’obstruction à la justice, il laisse un goût amer: Donald Trump n’est ni coupable ni innocent. «Nous avons décidé que nous ne dirions pas si le président avait commis un délit», relève Robert Mueller. Il rappelle qu’un président en exercice ne peut pas être inculpé.

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Alors pourquoi cette audition, d’un procureur par ailleurs hésitant et parfois confus, restera-t-elle malgré tout un moment marquant de la présidence chaotique de Donald Trump? Parce qu’elle a pu faire office de thérapie de groupe et d’exutoire. Divisés sur l’idée même de lancer une procédure de destitution (susceptible de se transformer en opération suicide), les démocrates ont pu, une nouvelle fois, dénoncer publiquement les dysfonctionnements de la présidence Trump et s’appuyer sur les éléments troublants du rapport pour dresser un portrait accablant du locataire de la Maison-Blanche.

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Donald Trump cherche à tourner la page de cette affaire qui a empoisonné son mandat; les démocrates en sucent au contraire la substantifique moelle. Avec l’espoir que l’audition spectacle retransmise à la télévision marque davantage les esprits qu’un long rapport aride. Elle s’est surtout transformée en joute politique, où les démocrates ont assuré leur part du show. Que se passera-t-il une fois le rideau baissé? Probablement pas grand-chose. Une phrase pourtant ne doit pas être oubliée: Robert Mueller a bien confirmé que Donald Trump pourrait être inculpé après sa présidence.

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