Alors que de violents combats se déroulent ce lundi matin autour de la résidence de Mouammar Kadhafi à Tripoli, où les rebelles ont pris le contrôle de plusieurs quartiers dimanche (voir la vidéo sur YouTube), la Tribune de Genève prévoit dans son éditorial du jour «une chute exemplaire» du leader libyen. Et une victoire qui «semble aujourd’hui inéluctable. Enfin!» se réjouit-elle. Et de dresser un parallèle avec les événements syriens: «L’incroyable détermination des rebelles n’aura pas seulement sauvé le peuple libyen, mais devrait aussi contribuer à délivrer les Syriens d’un régime non moins brutal. Bachar el-Assad n’a qu’à se tourner vers le désert nord-africain pour découvrir ce qui l’attend s’il ne «dégage» pas, comme le lui ont intimé jeudi les Etats-Unis et des pays de l’Union européenne.»

Le Point, lui, est loin de partager cet enthousiasme. Mais «qui va prendre le pouvoir?» se demande-t-il. Car, pour lui, «la victoire militaire ne résoudra pas les conflits internes de l’opposition, qui manque de figures consensuelles». Il cite même un des combattants, pas dupe: «Tous les groupes de rebelles veulent contrôler Tripoli. Il faudra de l’ordre.» Le Figaro prévient ainsi que «le Conseil national de transition libyen comprend une quarantaine de membres, dont 13 sont connus. Sur le papier, ses intentions sont impeccables, mais certains lui reprochent ses accointances avec Kadhafi.» Mêmes craintes dans le Daily Telegraph, qui tente de brosser le portrait de ce que pourrait être «une Libye de l’après-Kadhafi», «une Libye d’après les années de glace».

Mais de toute manière, «l’étau se resserre» autour de lui, estime Le Nouvel Observateur, «laissant penser à une chute imminente du colonel […] au pouvoir depuis quarante-deux ans». Prudent, il ajoute toutefois que cela «ne semble plus être qu’une question de temps». Quand, alors? Ce «quand», juge The Independent, «dépend de l’équilibre réel entre les forces combattantes et du niveau jusque vers lequel le régime en place est prêt à se défendre». Reste que, selon Libération, «le sort de Kadhafi [est] suspendu à la bataille de Tripoli. Appuyés par des raids de l’OTAN, les insurgés infiltrés dans la capitale comptent acculer le «Guide» au départ.» Et cela «régénérera le printemps arabe», commente le Financial Times.

Pour la Süddeutsche Zeitung aussi, «c’est le message des événements de cette nuit: la fin de la tyrannie est proche». Alors que le New York Times, lui, tire déjà le bilan de ces années de plomb, en «résumant», dans un très long article, les causes historiques de cette chute de la maison Kadhafi, créant «la jubilation» chez les rebelles. Qui, déjà, fêtent une «Libye libre», explique Die Zeit, aux cris de «jour de gloire», «jour de victoire».

Une longue histoire que ces quatre décennies, qui tend peut-être à minimiser la détermination de ceux qui sont entrés à Tripoli – désormais rejoints par les Berbères, explique La Stampa de Turin – après «six mois d’insurrection et de guerre civile» que mettent en scène une très efficace infographie animée du Soir de Bruxelles et un passionnant blog en live du Wall Street Journal. Alors, sur le point d’être évincé, le colonel? Pour une analyse plus en profondeur, il faut aussi revenir «sur le personnage, ses réseaux et sa chute» avec les reportages et décryptages du site Slate.fr, qui, une fois de plus, se distingue dans son appréhension fine, claire et multi-anglée de ces heures sans doute historiques.