La «seconde vague est là. Il ne peut pas y avoir de relâchement.» Interrogé lundi sur France Info, le premier ministre français Jean Castex a préparé le chemin pour Emmanuel Macron, qui s’exprimera mercredi soir à la télévision sur l’état de la pandémie de coronavirus. Le haut fonctionnaire, nommé chef du gouvernement le 3 juillet, n’a pas oublié qu’il dirigeait les opérations nationales de déconfinement avant de s’installer à l’Hôtel Matignon.

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La diversité territoriale de l’épidémie en France reste selon lui le critère clé: «Nous examinerons les données épidémiologiques, pour voir s’il y a lieu d’aller plus loin», a-t-il expliqué, avant la réunion, mercredi matin, d’un conseil de défense sanitaire. Avec, dans le collimateur, le risque de voir le Covid-19 fracturer le pays entre métropoles infectées (9 sur 35 villes de plus de 100 000 habitants sont désormais classées en «zone écarlate») et territoires relativement hors d’atteinte de l’épidémie (23 départements en niveau de vigilance «modérée»: Aisne, Allier, Ardennes, Aude, Calvados, Charente-Maritime, Deux-Sèvres, Dordogne, Eure, Eure-et-Loir, Haut-Rhin, Haute-Saône, Loir-et-Cher, Lot, Mayotte, Meuse, Moselle, Morbihan, Nièvre, Réunion, Territoire de Belfort, Vendée, Vosges. Et huit départements en vigilance «normale»: Cher, Côtes-­d’Armor, Creuse, Finistère, Indre, Jura, Manche et Orne).

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Pas de reconfinement total

Interrogé sur les mesures à prendre alors que la France compte 734 974 personnes attein­tes par le coronavirus depuis le début de l’épidémie, et qu’entre 16 000 et 20 000 nouvelles contaminations se rajoutent chaque jour depuis le début du mois, le premier ministre n’a exclu qu’un scénario: celui du reconfinement total du pays.

Verrouiller l’une ou l’autre grande ville, sur le mode espagnol du confinement appliqué depuis le 1er octobre à Madrid (et contesté devant les tribunaux), n’est en revanche pas rejeté par le ministère de la Santé, où l’on reconnaît une «vive inquiétude» à propos de Paris. Vingt-sept nouveaux foyers infectieux sont apparus cette dernière semaine dans la capitale française, qui en compte encore 172. Toute la couronne parisienne est placée en état d’alerte maximale.

Plus préoccupant: plus d’un tiers des lits de réanimation y sont déjà occupés par des malades du coronavirus. «Si l’on observe la tendance, a estimé dans un entretien au Parisien Jean-Michel Constantin, secrétaire général adjoint de la Société d’anesthésie et de réanimation, nous voyons bien que les mesures prises jusque-là ne suffisent pas pour faire baisser le niveau de contaminations.»

Des solutions et des limitations

Les solutions pour l’heure? La première est le maintien des mesures de limitation de la vie sociale, avec la fermeture des bars à 22 heures dans une dizaine de villes, et la fermeture totale de ceux-ci à Paris et Marseille. La seconde est l’amélioration du traçage volontaire dans tous les lieux où le port du masque est temporairement abandonné (cafés-restaurants, salons de coiffure…) grâce à des listes nominatives des clients.

La troisième sera, le 22 octobre, la sortie d’une nouvelle application Stop Covid à télécharger sur les portables. Cette nouvelle version remplacera l’actuelle, téléchargée par seulement 2,6 millions de personnes (pour 50 millions d’utilisateurs de téléphones portables environ). Elle permettra de s’inscrire à chaque fois que l’on pénètre dans un lieu public, évitant les listes manuscrites difficilement exploitables.

Le rapport d'étape de la mission dirigée par le Genevois Didier Pittet

Quelles peuvent être, dans ce contexte, les annonces d’Emmanuel Macron, qui recevra ce mardi un premier rapport d’étape de la mission d’évaluation de la gestion de la crise du covid par les autorités françaises, dirigée par l’infectiologue suisse Didier Pittet? 

Les regards se tournent vers les prochaines vacances scolaires de la Toussaint, vu la rapide propagation du virus durant les congés d’été. Il pourrait être recommandé de ne pas quitter sa région de résidence. Une limitation des visites dans les maisons de retraite pourrait aussi être réinstituée. Une limitation supplémentaire des rassemblements, voire l’obligation pour les entreprises de réimposer le télétravail sont aussi évoquées. Avec un impératif: faire baisser le taux de positivité des tests, actuellement de 11,8% (11,44% en Suisse au 12 octobre).