Grande-Bretagne

Vers un nouveau référendum sur l'indépendance de l'Ecosse

Voulez-vous rester au sein du Royaume-Uni ou de l'Union européenne? Telle est la question que la première ministre écossaise Nicola Sturgeon entend poser à ses administrés suite au Brexit. Mais pas tout de suite

Maintenir l’ardeur des militants tout en les faisant patienter. Nicola Sturgeon a une nouvelle fois mené un jeu d’équilibriste mercredi. La première ministre écossaise a présenté devant son parlement sa position en faveur d’un nouveau référendum sur l’indépendance, tout en repoussant sa tenue pendant près de deux ans. Un tel vote doit être organisé «pendant le mandat de ce parlement», soit d’ici à mai 2021 au plus tard, a-t-elle déclaré devant les députés écossais.

Le Brexit, contre lequel l’Ecosse a voté à 62%, devait en principe être un accélérateur vers l’indépendance. Le parti indépendantiste, le Scottish National Party (SNP) que dirige Nicola Sturgeon, avait fait campagne contre la sortie de l’Union européenne. Il s’est ensuite démené pour que le Royaume-Uni reste au minimum dans le marché unique et l’union douanière, soit en faveur d’un Brexit «doux». Mais Theresa May a refusé d’écouter ces doléances.

La crainte d'un scénario à la québécoise

Pour Nicola Sturgeon, le Brexit a donc mis au jour un «profond déficit démocratique», la voix de l’Ecosse étant ignorée. Elle souhaite sortir du Royaume-Uni afin de rester dans l’Union européenne, offrir aux Ecossais le choix «entre le Brexit et un avenir d’une nation indépendante et européenne».

Le problème est que la population écossaise ne montre guère d’enthousiasme pour retourner aux urnes. Depuis le premier référendum de 2014, lors duquel les Ecossais avaient voté à 55% contre l’indépendance, les sondages n’ont pas bougé, oscillant autour du même niveau. De plus, une majorité se dit contre l’organisation d’un nouveau scrutin à brève échéance, lasse de ces incessantes discussions constitutionnelles. De quoi sérieusement inquiéter Nicola Sturgeon et les leaders du SNP, qui craignent un scénario à la québécoise. En 1995, la province canadienne avait pour la deuxième fois rejeté l’indépendance, tuant complètement les espoirs d’une sécession.

Dégringolade au Parlement

Malgré ces difficultés, Nicola Sturgeon a tenté d’avancer ses pions en mars 2017, demandant un référendum «entre l’automne 2018 et le printemps 2019». C’était compter sans le coup de poker électoral de Theresa May, qui a convoqué des élections législatives anticipées en juin 2017. Si le résultat a été catastrophique pour la première ministre britannique, qui a perdu sa majorité à Westminster, il n’a guère été reluisant pour la première ministre écossaise. Le SNP est resté le premier parti d’Ecosse, mais a chuté lourdement, passant de 56 sièges de députés (sur 59!) à 35. Peu après ce revers, Nicola Sturgeon a préféré reculer. La loi pour l’organisation d’un nouveau référendum, qu’elle voulait faire passer, a été suspendue.

C’est dans ce contexte qu’est arrivé le discours de mercredi, une intervention très attendue après presque deux ans d’ambiguïté. La déclaration était aussi destinée à calmer l’impatience des militants indépendantistes, alors que le congrès de printemps du SNP se déroule ce week-end. Nicola Sturgeon a indiqué qu’elle entendait maintenant faire passer la loi pour un deuxième référendum d’ici à la fin de l’année. Elle ne souhaite pas pour autant déclencher l’organisation du scrutin, mais simplement préparer l’arsenal législatif. En parallèle, elle va organiser une «assemblée des citoyens», qui doit rassembler un panel d’Ecossais appelés à plancher sur l’avenir de leur nation suite au Brexit.

Une perspective lointaine

Mais même après ce travail, l’organisation d’un référendum reste incertaine. Constitutionnellement, le gouvernement britannique doit en principe donner son feu vert à une telle consultation. Or, Theresa May s’y oppose. «Ce n’est pas le moment», avait-elle répondu début 2017, quand Nicola Sturgeon le lui avait demandé une première fois. Depuis, elle n’a pas changé d’avis.

Nicola Sturgeon espère que le temps pourra jouer en sa faveur, Theresa May semblant en permanence au bord de la chute. «Pas la peine de perdre du temps dans un bras de fer avec un gouvernement britannique qui pourrait bientôt ne plus être au pouvoir», explique-t-elle. Mais même si cet obstacle saute, la perspective d’une Ecosse indépendante reste encore lointaine.

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