sommet de lisbonne

Vers une ère nouvelle entre l’OTAN et la Russie

Depuis la fin de la Guerre froide, jamais les conditions n’avaient été aussi favorables à une coopération nouvelle entre Moscou et l’Alliance atlantique. Malgré les obstacles

A Lisbonne, la Guerre froide va-t-elle mourir une seconde fois, de façon définitive cette fois-ci? Dans le cadre du sommet de l’OTAN qui se tient les 19 et 20 novembre dans la capitale portugaise hautement sécurisée, l’Alliance atlantique va adopter son nouveau concept stratégique. L’enjeu essentiel du sommet sera toutefois la rencontre, très symbolique, Russie-OTAN de samedi, à laquelle participe le président russe Dmitri Medvedev. C’est la première réunion de haut niveau du Conseil OTAN-Russie depuis la guerre russo-géorgienne de l’été 2008, qui avait gelé la coopération entre Moscou et l’Alliance atlantique.

Chercheuse et directrice du programme Russie et Eurasie à l’International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres, Oksana Antonenko estime que Lisbonne «est une opportunité unique qu’on n’a jamais vue depuis la fin de la Guerre froide. Les relations entre les Etats-Unis et la Russie se sont considérablement améliorées. Cet état de fait peut ne pas durer, mais aujourd’hui, il faut profiter de cette constellation favorable. Même certains membres de l’OTAN hostiles à la Russie ont changé d’attitude. C’est le cas de la Pologne, dont les relations avec le voisin russe n’ont jamais été aussi bonnes. De plus, c’est la première fois que l’OTAN et la Russie ont réellement besoin l’une de l’autre. Toutes deux sont extrêmement préoccupées par la guerre en Afghanistan. Enfin, la crise financière a contraint la Russie et l’OTAN à réduire leur budget militaire.» L’optimisme de la chercheuse est partagé par d’autres spécialistes du dossier, qui ont toutefois conscience des obstacles à l’avènement d’une nouvelle relation.

De fait, l’Alliance atlantique et le Kremlin ont désormais beaucoup d’intérêts sécuritaires communs: Afghanistan, risques de conflits régionaux, notamment en Asie centrale, prolifération d’armes de destruction massive, cybercriminalité, sécurité énergétique ou menaces terroristes d’acteurs non étatiques. En collaboration avec l’Institute of Contemporary Development de Moscou, Oksana Antonenko vient de publier un rapport plaidoyer en faveur d’une ère nouvelle entre Moscou et l’OTAN.

Dans le cadre du sommet de Lisbonne, le document invite à prendre des mesures de coopération concrètes et pratiques. Les premières doivent consister à restaurer pleinement la confiance. Selon un sondage du Pew Research Center, celle-ci s’est renforcée au niveau du public. La proportion de Russes qui voient l’OTAN d’un œil favorable est passée de 24 à 40%. L’Alliance atlantique ne connaît une telle popularité dans aucun de ses Etats membres.

Au niveau diplomatique toutefois, les obstacles demeurent. Au sein de l’OTAN, mais aussi parmi l’élite politique russe, de nombreuses voix restent critiques et ne considèrent pas un rapprochement comme prioritaire. Parmi les mesures visant à restaurer la confiance, Oksana Antonenko mentionne la nécessité de ranimer les régimes de contrôle des armements tels que le Traité sur les forces conventionnelles en Europe, le refus explicite d’actions provocatrices le long de frontières communes, la tenue fréquente d’exercices militaires communs et un échange accru d’informations.

Le document de l’IISS juge aussi nécessaire d’avancer dans la coopération en matière de bouclier antimissile. Depuis que les Etats-Unis ont revu à la baisse leur projet en Europe de l’Est en ne visant plus à mettre sur pied un dispositif pour les missiles à longue portée, la Russie est plus encline à coopérer. Oksana Antonenko estime aussi essentiel de répondre à la proposition du président russe Dmitri Medvedev de Traité de sécurité européenne ou du moins de profiter du sommet de Lisbonne pour resserrer les liens avec l’Union européenne, l’OSCE et l’Organisation du Traité de sécurité collective, une enceinte qui a vu le jour après l’éclatement de l’Union soviétique. Les discussions discrètes de Chambésy de septembre dernier allaient dans le même sens. Responsable du programme Sécurité internationale au Centre de politique de sécurité à Genève, Graeme Herd pense que «l’OTAN pourrait introduire une clause de solidarité avec la Russie en cas de catastrophes naturelles par exemple ou d’attaques terroristes. Cela équivaudrait à un système de sécurité collective limitée, une version édulcorée, mais symboliquement forte du Traité de sécurité européen du président russe.»

Réformer le Conseil OTAN-Russie apparaît aussi essentiel à Oksana Antonenko. Celui-ci s’est perdu ces cinq dernières années dans une confrontation à 28 (OTAN) contre 1 (Russie). «Il est notamment important de confier au Conseil des responsabilités explicites dans certains domaines, de nommer un secrétaire général adjoint de l’OTAN au Conseil.» A Lisbonne, il sera davantage question de lancer un long processus que de déboucher sur une déclaration spectaculaire. Graeme Herd ne cache pas toutefois que la non-ratification du traité Start (sur la réduction des armes stratégiques) par le Sénat américain dramatise quelque peu les enjeux du sommet.

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