élection

Vers une réélection du virulent président tchèque

Milos Zeman, le président tchèque, qui se démarque par son discours anti-migrants, vulgaire et émaillé d'insultes, est en tête des sondages pour se succéder à lui-même

Election présidentielle ce week-end en République tchèque, où le chef de l’Etat sortant, Milos Zeman (73 ans), est le favori du premier tour, face à huit candidats. Son principal rival, Jiri Drahos (68 ans), ancien directeur de l’Académie des sciences, espère créer la surprise au deuxième tour (les 26 et 27 janvier) et orienter le pays davantage vers Bruxelles que vers Moscou.

Milos Zeman termine son premier quinquennat fatigué par la maladie (il se déplace difficilement à l’aide d’une canne) avec l’image d’un président très clivant, dont les frasques amusent parfois mais suscitent aussi l’indignation, surtout quand cet homme qui se revendique «de gauche» participe à des meetings et congrès de formations xénophobes.

Cinq ans, c’est long et le pays ne mérite pas d’assister à l’autodestruction d’un homme

Erik Tabery, auteur

Enthousiasmé par l’élection de Donald Trump et fervent défenseur de Vladimir Poutine, Milos Zeman ne ménage jamais ses efforts pour être politiquement incorrect, quitte à sembler parfois jouer le rôle d’un vieil oncle gênant pour la famille avec ses mauvaises blagues de fin de repas.

Les repas, Milos Zeman est connu pour les aimer bien arrosés. L’une des images qui restera de son premier mandat est son vacillement à caractère éthylique, lors d’une cérémonie officielle organisée après une réception à l’ambassade russe.

Discours anti-migrants

Pour Erik Tabery, auteur d’un récent best-seller sur la politique tchèque, «cinq ans,c’est long et le pays ne mérite pas d’assister à l’autodestruction d’un homme – il est temps que quelqu’un d’autre puisse avoir sa chance». Fin tacticien politique par le passé, devenu premier ministre social-démocrate avant une retraite forcée due à un revers électoral, Zeman était revenu sur le devant de la scène politique en 2013 en remportant la présidentielle. Et il avait soif… de revanche.

Il a donc pris un malin plaisir à écarter ou publiquement mépriser ses adversaires et – malgré les pouvoirs limités conférés au chef de l’Etat – à orienter la politique étrangère tchèque en direction de Moscou et Pékin.

Menaces, insultes, petites phrases et gros mots: le président de ce pays de dix millions d’habitants fait rarement dans la dentelle. Encore moins quand il s’agit de la crise migratoire, qui serait selon lui «une invasion organisée», avec des «musulmans impossibles à intégrer».

Opposé aux quotas de réfugiés souhaités par Bruxelles, il s’est même dit prêt à renoncer aux fonds européens plutôt que d’accueillir des migrants sur le sol tchèque.

Contre le «café pragois»

Milos Zeman sait qu’il marque ainsi des points dans son électorat des classes populaires. Alors qu’il est aujourd’hui le principal soutien du nouveau premier ministre du pays – le milliardaire Andrej Babis –, il se veut le candidat de la «Tchéquie d’en bas», par opposition à l’élite intellectuelle et médiatique, qu’il surnomme «le café pragois».

Seul candidat à pouvoir battre le président sortant au deuxième tour d’après les sondages, l’ancien directeur de l’Académie des sciences et novice en politique Jiri Drahos. Ce dernier a pour ambition de davantage ancrer Prague dans l’UE et l’OTAN. Mais Milos Zeman a refusé de participer aux débats, se contentant de faire porter des attaques par ses collaborateurs.

Parmi eux, on trouve notamment le représentant d’un groupe pétrolier russe, un chef de cabinet qui n’a jamais réussi à obtenir l’habilitation de sécurité nécessaire pour participer aux sommets internationaux et un porte-parole tellement zélé et caricatural que ses déclarations ont été mises en scène dans une pièce de théâtre à succès.

Publicité