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A Versailles, des députés pro-Macron «droits dans leurs bottes»

Le président français intervient ce lundi devant le parlement réuni en congrès à Versailles. Une étape clé du quinquennat pour les députés de la majorité dont Joachim Son-Forget, élu des Français de Suisse

C’était le 3 juillet 2017. Il y a tout juste un an. Comme il l’avait promis durant sa campagne, Emmanuel Macron prononçait pour la première fois son discours annuel devant le parlement réuni en congrès. Versailles, à la fois synonyme de monarchie française et de tumulte républicain de la fin du XIXe siècle. C’est en 1875, soit après la chute du second Empire, la guerre perdue contre l’Allemagne et l’insurrection parisienne de la Commune en 1871, que la Troisième République prend ses quartiers parlementaires juste à côté du château du Roi-Soleil.

«Bébé Macron»

Joachim Son-Forget, député La République en marche (LREM) des Français de Suisse, a bien noté le clin d’œil de l’histoire, puisque l’entrée principale de l’hémicycle capable d’accueillir le Sénat et l’Assemblée nationale se trouve… rue de l’Indépendance américaine! «Au moment où Trump fait vaciller l’ordre mondial, et où Emmanuel Macron se bat pour l’Europe, tous les symboles ont de l’importance», sourit le jeune parlementaire de 34 ans.

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Joachim Son-Forget est un «bébé Macron». Comment exister donc, comme député, membre de la Commission des affaires étrangères, face à l’omnipotence du pouvoir, version «Jupiter»? «En se consacrant pleinement à ma mission d’élu de la nation», riposte celui qui continue, un jour par semaine, son métier de radiologue et ses fonctions de directeur de thèse au Centre hospitalier universitaire vaudois.

La présidence Macron est réputée très verticale. La diplomatie se gère à l’Elysée. A l’Assemblée, les commissions parlementaires les plus capables d’affronter l’exécutif sont les Finances ou les Affaires sociales. Alors?

On sait que tout procède d’en haut et que tout remonte en haut. C’est aussi ce que veulent les Français. Le président n’usurpe rien

Un député LREM

«La réalité n’est pas aussi caricaturale, poursuit notre interlocuteur, salué par ses pairs pour la qualité de son réseau international, notamment en Asie et dans les Balkans. Le fait que je sois d’origine coréenne est un avantage sur ce qui touche à la péninsule. Je passe des messages. J’écoute et je répercute. Je ne crois pas être un député «godillot». Mais la barrière de l’entourage élyséen peut être dure à surmonter: «Le réflexe de cour est-il propre à la présidence Macron? Non. L’appétit de pouvoir des conseillers-courtisans qui se croient plus importants que les parlementaires est-il spécifique à ce quinquennat? Non.»

Le vent des réformes

Ce lundi, le président français devrait préciser la réforme à venir de la Constitution, en particulier sur l’introduction de la proportionnelle pour les prochaines législatives. Les Français de l’étranger (1,8 million de personnes – 11 députés) pourraient devenir une seule circonscription, que se disputeraient les listes de partis.

La cure d’amaigrissement imposée à l’Etat est logique dans cette période de baisse des dépenses publiques

Joachim Son-Forget, LREM

Emmanuel Macron entend aussi baisser d’un tiers le nombre de députés (577 actuellement, dont 308 LREM). Dur à avaler pour ce nouveau venu qui emporta sans faille le scrutin, le 18 juin 2017? «Les arbitrages n’ont pas été rendus. Mais l’introduction de la proportionnelle était une promesse de campagne et elle se justifie. La cure d’amaigrissement imposée à l’Etat est aussi logique dans cette période de baisse des dépenses publiques.» Sauf que l’opposition dénonce une tentative de muselage du parlement, et que les députés de la France insoumise (gauche radicale) ne feront pas le déplacement à Versailles: «Je le regrette, poursuit Joachim Son-Forget. Je ne pense pas qu’en Suisse, ce genre de boycott serait accepté. C’est la représentation républicaine qui se réunit. On peut batailler dur sur le fond et respecter les formes.»

Eloge de la verticalité

La référence à la Suisse prouve le décalage. D’un côté, le parlementarisme roi et la démocratie directe. De l’autre, en France? Un autre jeune député macronien s’esclaffe: «On sait que tout procède d’en haut et que tout remonte en haut. C’est aussi ce que veulent les Français. Le président n’usurpe rien.» Bruno Bonnell, député pro-Macron du Rhône, mais aussi entrepreneur expérimenté, défend surtout un changement de style parlementaire, lié au non-cumul des mandats. «Cette majorité est là pour réformer le pays. Point. Or nous avons cinq ans. On doit aller vite, oui. Et alors?» se défendait-il devant nous, en mai. Joachim Son-Forget nuance. Son premier mandat d’élu est aussi une plateforme d’observation des mœurs hexagonales: «Il m’arrive de regretter un système à la Suisse, plus consensuel, plus porté sur le compromis. Sauf que nous sommes en France. La verticalité présidentielle correspond à une réalité nationale.»

Le locataire de l’Elysée est-il aujourd’hui prisonnier de son image? La confrontation sociale permanente, si peu suisse, n’est-elle pas risquée dans une France toujours tentée de s’embraser? Les entretiens d’évaluation des ministres, ces jours-ci, sont-ils destinés à faire taire toute dissidence, à l’heure où la question des migrants taraude la majorité et ses jeunes élus? «Il faut distinguer les réformes, qui chacune mérite débat et discussion, nous racontait, en marge d’une rencontre dans sa circonscription parisienne sur l’Europe, la députée macronienne Delphine O. On peut être droit dans nos bottes politiques derrière le président sans être aveugles et sourds.»

Joachim Son-Forget acquiesce: «Je plaide pour les députés anonymes et bosseurs. Ce sont ceux-là qui seront respectés. N’oublions pas le ras-le-bol des partis traditionnels que les Français ont montré. Dans une France qui change, il est assez logique que les pratiques parlementaires soient bouleversées.»

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