Le Comité politique et de sécurité (COPS) réunit, à Bruxelles, les représentants permanents des vingt-sept Etats-membres ou leurs adjoints, en charge des questions de défense. C’est là que se discute, souvent âprement, la répartition du fardeau militaire et financier pour les opérations extérieures de l’UE, telle celle menée au Tchad jusqu’en mars 2009, ou celle conduite actuellement au large du Golfe d’Aden pour protéger les navires marchands et humanitaires des attaques pirates.

Or le COPS a reçu, le 16 juin dernier, une visite plus que symbolique des enjeux de sécurité de demain, et du retard pris par l’Union européenne, malgré ses engagements publics. Le visiteur en question est un général américain de l’US Air Force, aujourd’hui retraité, Richard L. Engel.

Sa mission? Evaluer les défis sécuritaires engendrés par le réchauffement climatique, et surtout commencer à y apporter des embryons de réponse. Le général Engel, il faut le souligner, est un aviateur confirmé – plus de 4000 heures de vol, 150 missions de combat au-dessus du Vietnam à la fin des années soixante – qui s’est ensuite spécialisé dans le développement de projets aéronautiques ultra-spécialisés. Autrement dit, un homme habitué à frayer dans les trois dimensions affectées par le réchauffement de la planète: l’espace, l’industrie, et la nomenklatura du Pentagone. Point crucial dans l’énoncé de sa fonction: sa mission consiste d’ailleurs aussi à s’assurer de la «stabilité des Etats touchés» par le bouleversement du climat, auprès du directeur du renseignement national aux Etats-Unis. Un cahier des charges à l’évidence politico-militaire.

Quid d’une structure comparable au sein de l’Union Européenne? La réponse est négative. L’UE, qui prétend à juste titre jouer un rôle de leader dans la réduction volontaire des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, manque cruellement d’une structure comparable. Un seul rapport, assez bref dans sa version publique, a été jusque-là remis aux Vingt-Sept sur l’impact sécuritaire de cette révolution écologique par le Haut représentant pour la politique extérieure Javier Solana. Le document en question date de mars 2008, soit avant l’arrivée au pouvoir de Barack Obama dont les engagements, on le sait, sont à l’opposé de ceux de George Bush. Aucune remise à niveau ou réactualisation, non plus, alors que les grands pays émergents comme le Brésil, la Chine, ou l’Inde, travaillent à la mise au point de leur propre stratégie. L’UE, une fois encore pas très logique avec elle-même, préfère concentrer tous ses efforts sur la reconversion de son économie. Sans accorder d’importance aux autres volets induits, dont celui des changements colossaux qu’un climat modifié pourrait entraîner dans sa politique de défense et dans le type de moyens qui lui sont alloués. Alors que des dossiers cruciaux, comme celui des migrations, sont inextricablement liés à ce phénomène.

La vérité est qu’un conseiller européen à la sécurité climatique est indispensable. La logique voudrait qu’il soit rattaché au Conseil, représentant les Etats-membres. Mais qu’importe. Sur le modèle du général américain Richard Engel, dont l’exposé n’était pas ouvert à la presse, l’UE a cruellement besoin d’une tête chercheuse, aidée par une équipe d’analystes, pour échafauder des scénarios plus ou moins catastrophe et réfléchir aux manières de les éviter, ou de s’en protéger. Le climat, on ne le dira jamais assez, est tellement porteur de révolutions stratégiques et de nouvelles menaces qu’un pareil effort ne serait pas vain. Javier Solana, rappelons-le, dispose de conseillers pour le maintien de la paix en Afrique ou de représentants spéciaux chargés de telle ou telle zone géographique. Une «task-force» galonnée, chargée du réchauffement de la planète serait donc bienvenue. Elle pourrait même être confiée au président sortant du comité militaire de l’UE: le général français Henri Bentegeat, dont le mandat s’achève à la fin de l’année.