Hongrie

Le Vert qui rêve de ravir Budapest à Orban

L’écologiste Gergely Karacsony veut conquérir la mairie de la capitale hongroise ce dimanche. Un scrutin crucial pour l’avenir d’une opposition unie face aux candidats du pouvoir

Si on lui disait que l’enjeu est de taille, la boutade ferait peut-être rire ce grand mince tutoyant le mètre nonante. Devenu maire du 14e arrondissement de Budapest en 2014, l’écologiste de gauche Gergely Karacsony brigue le siège principal de la capitale occupé depuis neuf ans par Istvan Tarlos, septuagénaire proche du premier ministre hongrois Viktor Orban. Les sondages placent les deux concurrents au coude à coude en vue des municipales de ce dimanche.

«Quand on sait que Varsovie, Prague, Bratislava et Istanbul ont élu un maire indépendant du pouvoir en place, j’ai bon espoir que Budapest suive cette voie», commente le candidat du parti Dialogue (Parbeszed) soutenu par une coalition de socialistes, réformistes de gauche, libéraux et centristes. «Nous entretenons d’excellentes relations de travail avec Istvan Tarlos mais défendons une vision politique différente. Budapest doit être un contrepoids du gouvernement», souligne ce quadra décidé.

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L’édile souhaite la construction de 10 000 logements sociaux dans l’une des villes où les prix de l’immobilier ont le plus flambé au monde en 2018. Défenseur d’une Budapest verte, ce diplômé de sociologie entend faire planter 15 000 arbres par an, installer un bois au sud-est de la ville, déclarer l’état d’urgence climatique et assurer la gratuité des transports publics pour les moins de quatorze ans. Le titre de son programme («Reprenons Budapest») traduit sa volonté d’arracher la capitale au Fidesz.

Ecoutes et coups bas

Au cours d’une campagne extrêmement brutale, les fidèles de Viktor Orban n’ont pas ménagé leurs efforts pour déstabiliser «Gergő». Affiches diffamatoires affirmant qu’il transforme Budapest en «cirque», perturbation d’une de ses conférences de presse puis d’un meeting à l’aide d’une musique clownesque, procès en incompétence intenté par Istvan Tarlos et les médias pro-gouvernementaux… Les soupçons planent également autour du Fidesz, accusé d’avoir coordonné des écoutes de Karacsony. «Cet enregistrement est un montage dont la presse pro-Orban s’est abondamment servie afin de me discréditer moi et l’opposition», répond le challenger. «Le Fidesz montre son vrai visage aux électeurs n’ayant pas encore saisi l’importance du scrutin. Nous espérons une forte participation afin de battre en brèche la concentration du pouvoir», développe-t-il.

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Passé par deux primaires, Gergely Karacsony revendique sa légitimité d’élu d’un secteur modèle en matière de politique sociale et où la criminalité a chuté de moitié depuis son arrivée aux responsabilités. Champion budapestois des subsides européens devant tous les autres arrondissements réunis, le 14e héberge un jardin-forêt participatif inauguré en novembre dernier. L’écolo Karacsony admire en outre la ténacité de Greta Thunberg, capable de «mobiliser des millions de gens».

Européen convaincu

Européen convaincu, il a récemment exprimé ses inquiétudes sur l’Etat de droit en Hongrie auprès du premier ministre finlandais venu le 30 septembre dernier à Budapest. Le 3 octobre, Karacsony s’est envolé vers Bruxelles pour négocier des subventions avec Frans Timmermans, vice-président de la Commission. Sur la scène politique hongroise, monopolisée par le Fidesz, Karacsony sait que ces municipales sont l’ultime chance des adversaires du pouvoir pour empêcher la réélection d’Orban en 2022.

«Ce serait honteux de rater cette opportunité décisive pour l’avenir de notre pays. Depuis 2006, les élections locales ressemblent à une promenade de santé pour le Fidesz, mais sa victoire n’est plus acquise», estime le politicien. «Les partis d’opposition ont réalisé que coopérer est le seul moyen de gagner. Mes prévisions électorales m’ont souvent donné raison et je suis persuadé que nous allons l’emporter le 13 octobre», prophétise-t-il.

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