Il faut avoir l’audace des Verts français pour oser pareille rencontre samedi, dans une salle de l’Assemblée nationale à Paris. Officiellement, l’objectif du colloque organisé par les écologistes partisans d’un retour au sein du gouvernement, était de faire le point sur la réalité de la transition énergétique à l’oeuvre dans l’Hexagone. Mais dans les couloirs, un seul sujet animait les discussions: comment faire pour réintégrer l’exécutif, sans apparaitre comme un parti-girouette ?

De surcroît après les trés décevants résultats aux récentes élections départementales (2% des voix, 32 élus seulement) et l’impopularité croissante (63% des Français affirment une mauvaise image d’Europe-Ecologie-Les Verts, le nom officiel de leur formation, selon un sondage publié ce week-end), qui témoignent de la marginalisation. De quoi justifier le scénario d’une «possible disparition» évoqué, samedi, par le député François de Rugy, coprésident de leur groupe à l’Assemblée.

Arrière-ban des «ex»

Difficile, surtout, de voir dans ces gesticulations pro-gouvernementales autre chose qu’un «sauve qui peut» devant le déchirement ambiant et le manque d’enracinement local. A Paris ce week-end, les partisans d’une alliance renouvelée avec François Hollande et Manuel Valls avaient convié tout l’arrière-ban des «ex».

Ex-figures du parti, comme le centriste Jean-Luc Benhamias, désormais à la tête d’un Front démocrate à l’allure de groupuscule, ou l’ancien candidat à la présidentielle de 1988 Antoine Waechter (3,7% des voix). Ex-ministre de l’Environnement, comme Corinne Lepage qui officia sous Jacques Chirac de 1995 à 1997. Au point que l’ancien député européen Daniel Cohn-Bendit, tête de liste d’Europe-Ecologie en 2009 lors de la meilleure élection de son histoire (16,8% des voix), avait préféré s’abstenir, retenu par la célébration pascale de son 70e anniversaire.

Guérilla politique

Résultat: un constat d’échec. Jugés compétents par 55% des français selon le sondage de ce week-end, les Verts sont dans les cordes et ne parviennent plus à peser depuis leur départ du gouvernement lors de la nomination de Manuel Valls à Matignon, il y a un an. «Nous sommes victimes de notre parti-centrisme, explique François de Rugy. Au lieu de consacrer notre temps et nos actions à la promotion des sujets écologiques, nous menons une guérilla politique que personne ne comprend.»

En cause ? Cécile Duflot, ex-leader du parti et ministre de l’Environnement de 2012 à 2014, devenue une opposante de premier plan à François Hollande et une fan de la gauche radicale, dans la version défendue par la coalition grecque Syriza. «Le drame des Verts français est qu’ils font beaucoup plus de politique que d’écologie, juge un de leurs anciens élus. Leur «compétence» est noyée par leurs ambitions personnelles.»

Plus grave encore: le président François Hollande, en fin tacticien, a bien compris qu’il pouvait occuper le terrain de l’écologie via son conseiller élyséen Nicolas Hulot - que les Verts refusèrent comme candidat à la présidentielle de 2012, lui préférant l’ex-juge Eva Joly - et via les négociations en cours pour la grande conférence «climat COP 21» qui se tiendra à Paris en décembre 2015.

Plus les semaines passent, plus les écologistes se retrouvent hors-jeu, mobilisés par des sujets - comme leur opposition à l’aéroport Notre Dame des Landes (près de Nantes) - qui divisent leur électorat et fracturent leurs soutiens locaux. «Notre dérive protestataire sera encore moins bien acceptée cette année qu’avant, poursuit François De Rugy. La COP 21 discutera du sort de la planète ici, à Paris. Croyez-vous que nos bisbilles internes seront audibles ?»

Ramener les turbulents à la raison

Le chef de l’Etat et son premier ministre ont, de plus, deux autres cartes pour espérer ramener les turbulents écolos à la raison: l’arithmétique parlementaire et l’économie. Côté Assemblée nationale, la survie d’un groupe vert de 17 députés (2 de plus que les 15 requis) pourrait être remise en cause si les pro-gouvernementaux rejoignent le PS, entrainant une chute des moyens qui vont avec. Côté économie, plus les Verts s’opposent aux grands projets en cours, plus ils donnent du crédit à leurs militants les plus résolus et parfois violents - comme dans le cas du barrage de Sivens (Tarn) - et plus ils font peur aux milieux d’affaires et minent leur crédibilité de gestionnaires.

L’idée discutée samedi à Paris est donc celle d’un pacte: retour possible au gouvernement pour les Verts modérés contre quelques mesures fortes, comme la confirmation, avec un calendrier précis, du démantélement de la centrale nucléaire de Fessenheim, à la frontière de la Suisse près de Bâle.

Mais gare: ce calcul destiné à consolider l’actuelle majorité parlementaire socialiste, mise à mal par l’aile gauche du PS, se heure à deux fortes personnalités gouvernementales, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, négociateur en chef pour la COP 21 et trés peu porté sur le partenariat avec les écolos, et la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, résolue à ne troquer son portefeuille que contre une promotion emblématique, par exemple la Défense ou la Justice.