France

Les Verts français perdent leur candidat

Le renoncement de Yannick Jadot, rallié au socialiste Benoît Hamon, confirme la dispersion de l’écologisme politique

Yannick Jadot devait incarner le possible renouvellement de l’écologie politique en France. Mais en renonçant jeudi à se présenter, et en se ralliant au socialiste Benoît Hamon, le candidat des Verts risque de sceller le scénario inverse: une dissolution progressive, et irréversible, de l’écologisme dans l’Hexagone.

Depuis 1974 et l’irruption dans l’arène présidentielle de l’agronome René Dumont, les Verts - le nom de leur mouvance a changé plusieurs fois – avaient à chaque fois présenté un candidat à l’Elysée. Ce fut le cas de Brice Lalonde en 1981, d’Antoine Waechter en 1988, de Dominique Voynet en 1995 et 2007, de Noël Mamère en 2002, de José Bové en 2007 (face à Dominique Voynet) et de Eva Joly en 2012. Preuve de la difficulté de l’exercice, le seul à dépasser la barre des 5% des suffrages qui permet d’obtenir le remboursement des dépenses de campagne fut Noël Mamère.

Un mouvement fragmenté

Dans le cas de Yannick Jadot, l’affaire est d’autant plus douloureuse que sa désignation, à l’issue d’une primaire en ligne, faisait pour une fois l’unanimité au sein d’un mouvement «explosé» par le quinquennat de François Hollande. Le député européen, populaire auprès des militants et du mouvement associatif écologiste, paraissait capable de fédérer ceux qui, au sein des Verts, refusent obstinément l’exercice du pouvoir, et ceux qui estiment indispensables des alliances électorales avec la gauche pour y parvenir.

Ce schisme avait été particulièrement illustré, voici cinq ans, par la défaite de l’ex-animateur de télévision Nicolas Hulot lors des primaires face à l’ex-juge Eva Joly. Hulot, personnalité consensuelle, avait été écarté par la base militante, demandeuse de confrontation. La suite du quinquennat s’avéra désastreuse puisqu’après avoir obtenu plus d’une quinzaine de députés aux législatives de juin 2012 grâce à leur alliance avec le PS, les écologistes se sont fracturés. Avec d’un côté les «frondeurs» hostiles à la politique de François Hollande, emmenés par l’ancienne ministre Cécile Duflot. Et de l’autre ceux qui ont accepté le rôle de satellites du PS, comme l’actuel ministre de la Réforme de l’Etat Jean Vincent Placé, ou le député François de Rugy, candidat à la primaire socialiste et désormais rallié à… Emmanuel Macron.

Possible soutien de Nicolas Hulot

Le ralliement de Yannick Jadot à Benoît Hamon s’est fait sur la base d’un programme qui confirme, entre autres, la volonté du candidat socialiste d’intégrer davantage l’écologie dans son programme économique. La question symbolique de la fermeture de la centrale alsacienne de Fessenheim, frontalière de la Suisse (la plus ancienne de France, que François Hollande a renoncé à fermer durant son mandat malgré sa promesse de 2012), a ainsi figuré au cœur des discussions. Nicolas Hulot, dont l’influence est prédominante, notamment à travers sa fondation, serait aussi sur le point de soutenir Benoît Hamon dont il a salué l’engagement écologique.

Le problème est que d’autres écologistes, tenant d’une ligne plus libérale, existent désormais dans le paysage. C’est le cas de François de Rugy, qui se retrouve, en ralliant Emmanuel Macron, aux côtés de celui qui, en France, a jusque-là réalisé le plus beau score électoral à la tête d’une liste «verte»: l’ancien leader étudiant de mai 1968 Daniel Cohn-Bendit. Aux européennes de 2009, celui-ci avait obtenu plus de 16% des voix. Un score dont plus personne ne rêve aujourd’hui dans la mouvance écologiste française, décimée et dévastée par son partenariat chaotique de cinq ans avec la majorité socialiste sortante.


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