Varsovie est toujours en travers de la route entre Bruxelles et Moscou. A cinq jours du sommet entre l'Union européenne (UE) et la Russie, le 24 novembre à Helsinki, la Pologne n'a toujours pas levé son veto au lancement d'une négociation sur un nouvel accord de partenariat entre les 25 et le gouvernement de Vladimir Poutine. La rencontre d'Helsinki doit notamment se focaliser sur les questions énergétiques et sur la dépendance de l'UE envers les approvisionnements en gaz russe.

Preuve de l'inquiétude ambiante, le premier ministre finlandais Matti Vanhanen - dont le pays assure la présidence de l'UE jusqu'au 31 décembre - s'est rendu vendredi à Varsovie pour dîner avec son homologue Jaroslaw Kascynski. Une série de propositions ont été faites pour satisfaire la Pologne, qui s'est déclarée le 15 novembre hostile à tout mandat de négociation avec Moscou tant que la Russie n'a pas levé l'embargo sur les viandes et les produits agricoles polonais, imposé en novembre 2005 sous prétexte de fraudes vétérinaires et sanitaires. Varsovie considère cet embargo comme une mesure de rétorsion «purement politique» et demande, s'il est maintenu, que l'UE prenne des sanctions contre Moscou. Le dossier est tellement sensible que la présidence finlandaise a refusé dimanche de rendre publique sa proposition de déblocage. Laquelle, dit-on à Bruxelles, pourrait consister en une réunion rapide d'experts polonais et russes, à l'invitation de la Commission européenne.

Ce bras de fer n'est pas seulement révélateur des tensions économiques entre Varsovie et Moscou. Il révèle aussi l'énervement de la Commission, et d'une majorité de pays au sein des 25, devant la surenchère rituelle des autorités polonaises pour obtenir gain de cause. «Il y a un problème d'attitude de la part de la Pologne confirme un diplomate. La date du 24 novembre était connue de longue date. Mettre son veto dix jours avant revient à prendre l'Union en otage». L'UE vit très mal la recrudescence, dans le discours des autorités de Varsovie, de propos souverainistes contre de la construction européenne depuis la victoire de la droite aux élections de septembre 2005. Lors du remaniement gouvernemental et de son investiture en juillet dernier, le nouveau premier ministre, Jaroslaw Kascynski - frère jumeau du président de la République Lech Kascynski - avait promis de «défendre très fermement» les intérêts de son pays à Bruxelles. Au grand dam de la Commission. L'autre fracture révélée par ce bras de fer est celui entre la Russie et les ex-pays socialistes devenus membres de l'UE, mais toujours très dépendants de Moscou pour leur énergie. Les observateurs font remarquer que le sommet du 24 novembre entre l'UE et la Russie précède une échéance plus importante: le sommet bisannuel de l'OTAN qui se tiendra les 28 et 29 novembre à Riga (Lettonie). Un sommet qui abordera aussi les questions énergétiques, sous leur angle stratégique. Selon le Financial Times, un document d'experts envoyé aux 26 membres de l'Alliance atlantique met en garde conte la tentation russe de créer avec l'Algérie, le Qatar, la Libye et des pays d'Asie centrale une sorte d'OPEP du gaz, un cartel calqué sur le modèle de l'organisation pétrolière. Pour mieux faire pression sur la Géorgie, l'Ukraine... et l'Union européenne.