La junte militaire birmane s’oppose à une entrevue entre le secrétaire général de l’ONU Ban Ki- moon et l’opposante Aung San Suu Kyi. «Je suis profondément déçu», a déclaré le diplomate sud-coréen à des journalistes, alors qu’il s’envolait pour Rangoun au dernier jour de sa visite. «Je pense qu’ils ont gâché une occasion très importante de démontrer leur volonté de poursuivre la réconciliation avec tous les dirigeants politiques», a-t-il dit.

Cette fin de non-recevoir lui a été opposée lors d’un nouvelle entrevue, samedi matin, avec le généralissime Than Shwe qu’il avait déjà rencontré la veille dans la nouvelle capitale de Naypyidaw. La junte a justifié son refus par le souci de ne pas s’immiscer dans le procès en cours d’Aung San Suu Kyi à Rangoun, a-t-il expliqué.

Privée de liberté durant quatorze ans

«J’ai insisté autant que j’ai pu pour les convaincre de s’engager dans un processus de démocratisation», a souligné M. Ban, précisant qu’il avait demandé l’abandon des poursuites contre Aung San Suu Kyi, sans recevoir de garanties en ce sens. La dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) a passé quatorze des vingt dernières années en détention, la plupart du temps en résidence surveillée.

L’opposante est actuellement poursuivie par la justice de son pays pour avoir laissé un ressortissant américain résider chez elle le 4 mai. Elle est passible de cinq ans de prison et risque de ce fait d’être écartée du paysage politique alors que des élections seront organisées l’année prochaine par le régime militaire.

M. Ban était arrivé vendredi à Rangoun pour une mission qu’il avait lui-même qualifiée de «très difficile», précisant qu’il ne s’attendait pas à voir des changements rapides dans un des pays les plus fermés au monde. Le diplomate sud-coréen, l’un des rares dirigeants internationaux reçu en Birmanie, était venu dans l’espoir de faire bouger les choses sur les plans politique et des libertés, au risque de voir son prestige terni en cas d’échec face aux généraux qui gouvernent le pays, un des plus fermés du monde.

Ban Ki-moon a également présenté à Than Shwe une série de propositions pour promouvoir la démocratie avant les élections prévues en 2010. Il a plaidé pour la libération de 2000 prisonniers politiques, l’ouverture d’un véritable dialogue entre le gouvernement et l’opposition et l’instauration de conditions favorables à la tenue d’un scrutin libre et équitable.

Des promesses

Le secrétaire général de l’ONU a dit avoir reçu la promesse de Than Shwe que les élections ne seront pas entachées par des irrégularités. «Les autorités birmanes m’ont assuré que ces élections se dérouleront d’une manière équitable, libre et transparente», a-t-il déclaré: «Je crois qu’ils envisagent sérieusement la remise en liberté d’opposants politiques, si ce n’est prochainement, du moins avant le début des élections.»

Selon un responsable onusien, Than Shwe aurait également annoncé à M. Ban qu’à sa prochaine visite en Birmanie, lui et ses généraux seront retournés à la vie civile. «Lorsque vous reviendrez ici, je serai un citoyen ordinaire, une personne civile et mes collègues également, parce qu’il y aura un gouvernement civil», a dit ce responsable, citant Than Shwe.