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Patrick Marié, maire FN de La Burbanche. 
© Christian Lecomte

Les frontistes d’à côté (3/6)

«Je veux une France apaisée peuplée d’êtres humains, pas de sales bestioles qu’on laisse entrer par tous les trous»

Le maire de La Burbanche, Patrick Marié, est d’extrême droite mais comprend que l’on vote aussi pour la gauche mélenchoniste. Il exècre avant tout les pro-européens qui pillent la France et ruinent son village

Chez les frontistes d’à côté

A quelques jours du deuxième tour de l’élection présidentielle, «Le Temps» arpente les fiefs du Front national en France voisine.

Premier épisode: Dans le Chablais français, en ces vallées où le FN fait abondance de voix

Second épisode: Front national: à Cluses, dans la vallée de l'Arve, un dialogue de sourd entre les populations

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Sa mère lui disait qu’il valait mieux être le boucher que le veau. Patrick Marié, 58 ans, a retenu la leçon: «Ils menacent d’envoyer des Arabes me casser la figure ou brûler ma maison. Qu’ils viennent, j’ai de quoi les recevoir.» Ces «ils» seraient, selon lui, «des anars qui dessinent une moustache à Marine et des croix gammées sur nos affiches». Patrick Marié est le maire de La Burbanche, hameau de 125 âmes du Bas-Bugey, dans l’Ain. Il est aussi le responsable du Front national (FN) du canton de Belley et, complète-t-il, «le secrétaire départemental à la propagande».

Le Front national est depuis dimanche 23 avril la première force politique de l’Ain (25% pour Marine Le Pen contre 22,62% pour Emmanuel Macron et 21,43% pour François Fillon). Et ses meilleurs scores ont été réalisés aux alentours de La Burbanche, à Culoz, Virieu-le-Grand, Talissieu (jusqu’à 35%). Dans le hameau, 60 personnes ont voté sur 85 inscrits, le FN a recueilli 22 voix, ce qui comble Monsieur le maire et fâche ses adversaires. D’où une certaine tension qui tranche avec l’impression de quiétude que présente une région où les bourgades semblent endormies à tout jamais.

Un maire qui s'est «fabriqué tout seul»

La Burbanche, qui s’étire entre le massif de Saint-Sulpice et celui de Portes, ouvre sur une monumentale église néogothique construite en 1868. «Chaque habitant a posé sa pierre. C’était il y a longtemps, quand 800 personnes vivaient dans le village et se soutenaient», indique le maire, à l’esprit vieille France. L’homme a grandi au village, a appris la maçonnerie, a embauché chez le bâtisseur Vinci, est devenu chef de chantier à Lyon. «Je me suis fabriqué tout seul», insiste-t-il. Idem en politique: conseiller municipal, puis maire en 2014.

Patrick Marié a adhéré au FN après son élection, ce qui a semé la zizanie à La Burbanche, certains jugeant qu’il avait caché son jeu. «Je ne fais pas de politique au village parce que je respecte mes administrés, répond-il. Je suis un maire rural, j’enfile ma salopette pour rénover la cure ou réparer les fuites d’eau, je fais bénévolement du travail au noir pour ma commune. On a un bas de laine, je n’attends pas les subsides de l’Etat. En cela je suis frontiste, c’est-à-dire sérieux, économe et pas gaspilleur.»

Une commune sans délinquance et sans immigration

Plus d’école depuis longtemps à La Burbanche, une camionnette-épicerie klaxonne le mercredi matin, beaucoup de retraités, un jeune apiculteur, un jeune électricien, des employés qui filent le matin à Chambéry ou Lyon, un couple suisse qui passe le week-end dans la plus belle demeure. Pas de délinquance, pas d’immigration, ce qui n’a pas empêché Monsieur le maire de signer la charte «ma commune sans migrants». Quel Syrien ou Afghan aurait l’idée de s’installer par ici? lui demande-t-on. Sourire gêné de l’élu. Il reste que les anciens qui regardent beaucoup la télé et savent ce que sont des fichiers S ont apprécié le veto du maire. Et voté Le Pen l’autre dimanche.

Mais plus que l’insécurité, c’est le manque d’argent qui est un argument de campagne. «Des retraites à 800 euros: une misère. Je dis aux gens de voter pour l’extrême droite ou même pour l’extrême gauche de Mélenchon mais pas pour les autres qui se sont rempli les poches et ont laissé l’Europe du Medef et de la mafia piller la France.» Patrick Marié se bat contre un projet de fusion de cinq communes en une seule, ce qui pourrait faire exploser le taux d’imposition de sa commune. «On est à 4,5%, le plus bas du département, on pourrait passer à 13%, comment nos vieux vont payer? Et ça serait l’avis de décès du village.»

La plaie du travail détaché

En 2016, Vinci l’a mis à la porte alors qu’il achevait la construction du nouveau stade de football de Lyon. «Des cars de Polonais payés 600 euros sont arrivés. Moi, je leur coûtais trop cher.» Patrick Marié jure qu’il n’est pas pour autant un raciste: «Je n’aime pas les étrangers qui viennent juste pour se baisser et ramasser l’argent des allocations.» Et de poursuivre: «Un jour j’ai divorcé, je suis resté seul à élever mes filles, je n’avais plus le sou, pas grand-chose à manger, mes ouvriers algériens, tunisiens, portugais m’ont aidé, ils m’ont nourri, je ne vais pas cracher sur ces gens-là.» Ce qui ne l’empêche pas de conclure: «Je veux une France apaisée peuplée d’êtres humains, pas de sales bestioles qu’on laisse entrer par tous les trous.»


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