Italie

Via Cupa, à Rome, un camp d’étape pour les migrants

Si les routes vers le nord se sont fermées, les migrants tentent néanmoins de franchir les frontières. Dans la capitale, un camp de fortune accueille tous les soirs 300 personnes avant qu’elles ne poursuivent leur route

Deux jeunes adolescents jouent frénétiquement avec un baby-foot en plastique. Les frappes sont si fortes que la table de jeu s’envole à chaque coup de poignet. Le choc assourdissant des balles accueille quiconque entre via Cupa, où plusieurs dizaines de migrants ont élu domicile pour la journée. Ils espèrent y passer la nuit. La ruelle d’une centaine de mètres de long se situe près de Tiburtina, l’un des gares de Rome.

Plusieurs matelas sont entassés le long de la façade longeant la gauche de la rue. Suivis de tentes dans lesquelles se devinent les silhouettes de femmes et d’enfants. Entre deux abris, un stand fait office de cuisine. Deux grandes casseroles sont posées sur un simple réchaud à gaz. L’ONG suisse Rastplatz a préparé le souper pendant une semaine, jusqu’à vendredi dernier. Elle avait fait de même à Dunkerque, dans le nord de la France, quelques jours plus tôt. Jael Schärli découpe les derniers légumes. Il ne reste que quelques minutes avant 18 heures, l’heure à laquelle sont distribués les plats. «Nous ne savons pas combien de personnes viendront manger ce soir, explique la bénévole originaire d’Olten. Mais nous avons servi entre 100 et 200 repas par soir.»

Au 31 mars, 7770 personnes étaient accueillies dans un centre d’accueil du Latium, selon les derniers chiffres du Ministère de l’intérieur. Aucune donnée n’est disponible pour la capitale. Impossible de savoir si les locataires d’un jour de la rue Cupa sont comptabilisés. Au premier trimestre 2016, 111 000 migrants se trouvaient dans les structures d’accueil réparties à travers tout le pays, contre 103 000 l’année précédente et 66 000 en 2014.

Rue Cupa, ces chiffres prennent un visage et une histoire. La majorité de ses résidents sont originaires de la Corne de l’Afrique. Ali attend son plat. Dans la file, tous l’indiquent comme l’un des rares, ce jour-là, parlant anglais. Le jeune homme tait son âge. Il est arrivé de Somalie en octobre dernier. Il affirme vivre rue Cupa depuis un mois et demi. Il y apprécie l’accueil des bénévoles et la vie de village y régnant, même si «la situation peut être parfois difficile». «Une nuit, je me suis préparé un lit, avant d’aller prendre un café, raconte-t-il. Quand je suis revenu, quelqu’un d’autre avait pris ma place.» Il est resté ce soir-là sans matelas.

A la nuit tombée en effet, la rue se transforme en véritable dortoir à la belle étoile. Les migrants tirent les matelas jusqu’à recouvrir le béton, détaille Andrea Costa, bénévole pour Baobab Experience. «Nous pouvons accueillir ici jusqu’à 300 personnes», ajoute-t-il. Jusqu’en décembre dernier, l’association disposait d’un centre d’accueil. Mais réclamé par son propriétaire, les autorités romaines l’ont récupéré. Sept mois durant, Baobab est venu en aide à 35 000 «migrants en transit».

Car rares sont les migrants dans le cas d’Ali. En moyenne, «ils restent ici moins d’une semaine», détaille Andrea Costa. Puis poursuivent leur route vers le nord, espérant passer les frontières française ou suisse. Et ce, malgré le travail d’information de l’association. Celle-ci ne leur cache pas la réalité qu’ils trouveront par exemple à Vintimille ou à Milan. Dans la capitale lombarde, les autorités s’inquiètent de l’augmentation des arrivées: 3300 personnes se trouvent dans ses centres. Le maire de la ville, Beppe Sala, a réclamé lundi le soutien du gouvernement et «les fonds européens pour donner un toit et un lit» à chaque migrant. Une meilleure répartition des réfugiés entre villes et entre régions est également au cœur des débats depuis des mois.

En juillet, 25 000 personnes ont débarqué sur les côtes de la Péninsule, soit 12% de plus que durant le même mois de 2015, selon Frontex, l’agence de coopération aux frontières de l’Union européenne, pour un total de 95 000 arrivées depuis le début de l’année. En 2015, plus de 153 000 personnes sont arrivées en Italie, contre 170 000 l’année précédente. Durant ces deux années et demie, plus de 10 000 personnes ont péri en tentant de traverser la Méditerranée, d’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Ali a réussi cette traversée. Il lui aura fallu trois mois pour se rendre en Europe depuis la Somalie. Aujourd’hui, il attend une réponse à sa demande d’asile. Il espère commencer des cours d’italien le mois prochain. Le jeune homme semble las. Son plat à la main, il retrouve un groupe assis sur des matelas amassés devant le baby-foot. Le bruit des couverts grattant les assiettes a pris la place de celui des tirs au but.

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