Matthias Platzeck, celui que ses compatriotes du Brandebourg surnommaient Deichgraf - le comte des digues pour son rôle lors des inondations de l'été 1997 -, a craqué. Il n'aura tenu que cinq mois à la tête du plus vieux parti allemand, le Parti social-démocrate (SPD). Victime de surmenage, notamment d'une dépression nerveuse et de problèmes circulatoires révélateurs d'un très fort stress, il a annoncé sa démission lundi matin, au siège du parti, sur conseil de ses médecins.

«La décision la plus difficile de ma vie», a-t-il regretté. Agé de 52 ans, il avait été hospitalisé le 29 mars à la suite d'une perte subite d'audition, symptôme d'un grave état de stress. Il estime avoir surestimé ses forces.

Le nouvel homme fort du SPD, Kurt Beck, 57 ans, auréolé de son succès personnel aux élections régionales de Rhénanie-Palatinat, lui succédera. Désigné pour l'intérim par la direction du parti, il devrait être confirmé lors d'un congrès agendé fin mai. Traditionnellement, le président du SPD est considéré comme le candidat naturel au poste de chancelier. «Je ne l'exclus pas, a-t-il répondu, mais je n'ai aucune raison, trois ans et demi avant de nouvelles élections d'engager un débat sur les candidats à la chancellerie.»

Malgré le succès de son parti aux élections régionales de Rhénanie-Palatinat et une reprise de confiance dans la capacité de la gauche à renouer avec le succès électoral, le nouveau patron du SPD n'avait toujours pas réussi à s'imposer face à la vieille garde. Numéro deux du gouvernement de coalition et ministre du Travail, l'ancien président du SPD Franz Müntefering semblait ainsi avoir conservé les clefs du pouvoir. Ses initiatives, parfois difficiles à avaler par la base, comme le report de l'âge de la retraite à 67 ans, échappaient à un Matthias Platzeck moins médiatique, contraint à chaque fois de devoir corriger le tir.

Pourtant, en novembre, le congrès du SPD à Karlsruhe avait réservé un score sans précédent à son nouveau président: 99,4% des voix. C'est qu'il incarnait, comme Angela Merkel, une nouvelle génération de responsables politiques issus de l'ex-RDA et venus tard à la politique, à la chute du Mur. Plus pragmatique, moins redevable à l'appareil du parti et n'appartenant pas aux chapelles, Matthias Platzeck pensait pouvoir procéder à une réorientation du SPD vers la réalité économique, tout en renouvelant ses valeurs traditionnelles de solidarité et de justice sociale.

Parti de la coalition affaibli

De fait, dimanche, dans l'hebdomadaire Der Spiegel, qui annonçait son grand retour, il souhaitait un nouvel Etat social, «qui soit partenaire et non administrateur des citoyens, car l'actuel est trop cher au vu de ses résultats et sa base financière est devenue fragile et injuste».

Après Franz Müntefering, élu en février 2004, et Matthias Platzeck en novembre 2005, Kurt Beck sera donc le troisième à exercer une présidence à hauts risques. Le SPD, qui croyait être en mesure d'imposer à son partenaire de la CDU ses orientations en matière sociale et financière en occupant les ministères clés, se retrouve affaibli. Platzeck n'aura pas eu le temps d'engager le débat au sein de son parti sur les réformes du système de santé et de protection sociale alors que les projets sont déjà engagés auprès du gouvernement. Et déjà, avec le très consensuel Kurt Beck, une nouvelle période de flou s'annonce.