Les prochaines heures seront des plus tendues aux Etats-Unis. Alors que la double élection sénatoriale en Géorgie qui s’est déroulée mardi soir est en train de se transformer en victoire démocrate, le Congrès s’apprête ce mercredi à certifier la victoire de Joe Biden, déjà validée par le collège électoral. Or Donald Trump reste dans sa posture d’obstructeur en chef. Il refuse sa défaite et fait désormais augmenter la pression sur son vice-président Mike Pence, qui de fait présidera la session du Congrès et aura la lourde tâche de déclarer Joe Biden vainqueur.

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«S’il nous déçoit, je l’aimerai moins»

Donald Trump a été jusqu’à inciter Mike Pence à utiliser son pouvoir pour ne pas valider la victoire du démocrate. «J’espère que notre grand vice-président ne nous décevra pas. S’il nous déçoit, je l’aimerai moins», a-t-il lancé. Mardi, il a surtout écrit sur Twitter: «Le vice-président a le pouvoir de rejeter les électeurs frauduleusement choisis.» Or tenter de modifier les résultats envoyés par les Etats au Congrès serait contraire à la Constitution et, à en croire le New York Times, c’est bien ce que Mike Pence a tenté d’expliquer à Donald Trump. Ce dernier s’est fendu d’un démenti.

Dans l’agitation la plus totale, Donald Trump continue de parler de «fraudes massives» sans la moindre preuve, d’accuser les démocrates de vouloir «détruire le pays» et d’inciter ses partisans à exprimer leur colère. Il s’exprimera ce mercredi vers 17 heures heure suisse à Washington lors d’un «Rassemblement pour sauver l’Amérique» organisé par ses militants, depuis l’Ellipse, une esplanade située au sud de la Maison-Blanche. La possible victoire des deux démocrates - celle du pasteur noir Raphael Warnock est déjà confirmée - va à n'en point douter augmenter sa colère. 

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Donald Trump peut compter sur des dizaines d’élus républicains frondeurs qui suivent sa logique. Mais le parti est fortement divisé. Même Mitch McConnell, le leader républicain du Sénat, très proche de Donald Trump, a choisi la voix de la raison: il a fini par féliciter Joe Biden pour sa victoire et appelle les siens à respecter les votes des grands électeurs – le démocrate a récolté 306 voix contre 232 pour Donald Trump. Inquiète de voir de potentiels débordements provoqués par cette situation unique, la maire démocrate de Washington a pris les devants et appelé la Garde nationale à la rescousse. Le leader des Proud Boys, groupe extrémiste patriote, a été arrêté puis relâché, avec la consigne de s’éloigner de Washington. Plusieurs commerces se protègent avec des planches de bois. Et des heurts ont déjà eu lieu dans la nuit. 

Un siège au moins aux démocrates

Mardi soir, le suspense du dépouillement des bulletins en Géorgie était intenable, les candidats étant dans un mouchoir de poche alors que plus de trois millions d’électeurs avaient voté par anticipation. A minuit heure locale, les deux démocrates, Jon Ossoff et Raphael Warnock, étaient en bonne position, devant les républicains David Perdue et Kelly Loeffler, pourtant donnés favoris.

C'est 8h ce matin (heure suisse) que trois grandes chaînes de télévision ont officiellement annoncé la victoire du démocrate Raphael Warnock face à la sénatrice républicaine Kelly Loeffler, qui semble refuser d'accepter la situation. Raphael Warnock, pasteur d’une église d’Atlanta où officiait Martin Luther King, devient ainsi le premier sénateur noir élu dans cet Etat du Sud.

De son côté, Jon Ossoff vient également de revendiquer sa victoire: «Géorgie, merci pour la confiance que vous m’avez accordée», a-t-il déclaré lors d’une brève allocution mercredi matin en Géorgie. Les médias américains ne l’ont cependant pas encore désigné comme vainqueur.

Bastion républicain

Une surprise démocrate dans ce scrutin historique représenterait un immense soulagement pour Joe Biden: avec 50 sénateurs démocrates et 50 républicains, sa vice-présidente, Kamala Harris, serait en mesure de faire pencher la balance côté démocrate lors de votes cruciaux.

Pour Donald Trump, une victoire des républicains, ou même d’un seul des deux sénateurs sortants, lui aurait probablement apporté de l’eau au moulin pour contester la victoire de Joe Biden dans l’Etat, un bastion républicain depuis une vingtaine d’années. Mercredi matin, alors que la victoire démocrate se précisait, le président a très vite tweeté pour une nouvelle fois dénoncer des «irrégularités» et des «fraudes électorales», en renouvelant ses pressions sur Mike Pence. Depuis dimanche, il est au coeur d'une politique, avec la diffusion de l'enregistrement d’un récent appel téléphonique au secrétaire d’Etat républicain de Géorgie, dans lequel il lui demande de «trouver» les près de 12 000 bulletins de vote qui lui auraient permis d’être vainqueur.