Etats-Unis

La victoire de Donald Trump devrait bénéficier à Pékin

Pour le nouveau président américain, l’ennemi c’est la Chine. Son isolationnisme pourrait paradoxalement permettre à Pékin de mieux s’épanouir dans sa région

Et si le grand vainqueur des élections américaines était le pouvoir chinois? Donald Trump a régulièrement désigné ce pays comme le principal ennemi des Etats-Unis. Mais ses menaces de rétorsions économiques et son isolationnisme pourraient paradoxalement faire le jeu de la deuxième puissance mondiale. Habitués à faire figure d’épouvantail lors des campagnes présidentielles américaines, les dirigeants chinois sont restés de marbre sachant que les relations reprennent leur cours normal dans les mois qui suivent l’élection.

Quelques heures après la victoire de l’homme d’affaires, le secrétaire général du parti communiste, Xi Jinping, transmettait un message de félicitation exprimant son «impatience» de travailler ensemble «sans conflit ni confrontation». Au final, ils devraient y parvenir même si ce ne sera pas sans tensions.

La Chine et les Etats-Unis, moteurs de la globalisation

Les premières frictions devraient logiquement émerger dans le domaine commercial. «L’entrée de la Chine à l’OMC a permis le plus grand vol de postes de travail de l’histoire», déclarait en juin dernier lors d’un discours Donald Trump. Le milliardaire accuse Pékin d’avoir siphonné les emplois industriels de son pays, d’en avoir pillé la propriété intellectuelle et de bénéficier d’une balance commerciale ultra-bénéficiaire tout en manipulant sa monnaie. Pour «rééquilibrer» ces échanges, il promet de multiplier par dix certains droits de douane frappant les produits chinois, l‘augure d’une guerre commerciale.

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Le couple sino-américain a été le moteur de la globalisation économique de ces vingt dernières années, la Chine faisant figure de principal bénéficiaire. Le spectre d’un retour des barrières commerciales inquiète sans doute Pékin. Mais pas outre mesure. Voilà des mois que ses dirigeants ont eu le temps de préparer la riposte. L’imbrication des deux économies est telle que le prix à payer pour ouvrir les feux est prohibitif. Si Donald Trump devait tenir cette promesse de campagne, c’est l’économie américaine qui en souffrirait le plus (lire ci-dessous). Les pilotes de l’économie chinoise, dont la croissance ralentit, ont par ailleurs entrepris un virage vers la consommation intérieure. Le climat protectionniste instauré par Donald Trump pourrait paradoxalement favoriser leur campagne en faveur des produits «made in China».

Dénoncer le partenariat transpacifique

Dans le même temps, Donald Trump veut dénoncer le Partenariat transpacifique économique (TPP) négocié par son prédécesseur avec onze pays de la région, à l’exception de la Chine. Un tel geste serait inespéré pour Pékin qui pourrait aussitôt aller de l’avant avec un autre projet de zone de libre-échange. Celui-ci pourrait être sur le tapis dès la semaine prochaine, au Pérou, lors d’une réunion du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (Apec). L’Australie annonçait jeudi son intention de rejoindre le second si les Etats-Unis se retiraient du premier. Washington se retrouverait d’un coup marginalisé de la zone économique la plus dynamique du monde. Pékin pourrait alors y dicter les règles futures.

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«Retour de la puissance américaine»

Sur le plan militaire, Donald Trump veut «réarmer» comme il le dit, y compris dans l’est asiatique. Une démonstration de force en mer de Chine du Sud permettrait de faire passer le message à Pékin (qui ne comprendrait que ce langage, a répété l’homme d’affaires) du «retour de la puissance américaine». S’il est possible qu’un accrochage ait lieu dans les mois qui viennent – comme ce fut le cas au début de la présidence de George W. Bush – pour «ajuster» la relation, il n’est pas sûr que la crédibilité des Etats-Unis en sorte indemne.

Inquiétudes chez les alliés asiatiques des Etats-Unis

Car entre-temps, l’élection de Donald Trump a déjà semé un vent de panique parmi ses alliés dans la région, Japon, Corée du Sud en tête ainsi qu’à Taiwan, l’île chinoise séparée de Pékin. Le nouveau président américain ne veut plus payer pour leur défense, a-t-il menacé durant sa campagne. Un tel scénario relancerait une course aux armements, y compris nucléaire du fait de la menace nord-coréenne. Les pays hésitants entre Washington et Pékin (Philippines, Malaisie, Vietnam, etc.) seront pour leur part tentés de faire le choix de la stabilité chinoise plutôt que celui l’incertitude américaine.

Le premier ministre japonais Shinzo Abe se rendra dès la semaine prochaine à Washington pour rencontrer Donald Trump. Durant sa campagne, ce dernier avait suggéré à l’unique pays nucléarisé de l’histoire de se doter de l’arme atomique. Une mise au point est désormais urgente.

Le langage du business

Les dirigeants chinois sont habitués aux méthodes des hommes d’affaires américains. Nombre d’entre eux ont fait partie de conseils du gouvernement central ou dans les provinces. Ils savent parfaitement quel langage leur tenir, celui du business. Avec Donald Trump, le parti communiste se verra épargner les tirades sur les droits de l’homme (l’élu de la Maison-Blanche critique les valeurs universelles pour mieux défendre les valeurs américaines). Mieux, le retrait partiel des organisations internationales – comme du temps de l’ère Bush – devrait permettre aux diplomates chinois d’occuper d’autant ce terrain-là.

Une victoire pour le régime autoritaire chinois

Le triomphe de Donald Trump est en soi déjà une victoire pour les dirigeants chinois. L’image de la démocratie américaine donnée durant la campagne présidentielle et par la candidature du milliardaire en particulier conforte l’élite communiste dans sa critique du «système politique occidental» condamné à sombrer dans le populisme. En qualifiant les médias de son pays de «biaisés», «vendus aux élites» et «complètement déconnectés du peuple», le nouveau locataire de la Maison-Blanche donne là encore raison aux responsables de la plus grande dictature du monde qui utilise mot pour mot le même langage.

Mardi et mercredi, alors que le monde assistait à l’avènement d’un nouveau président américain, les médias officiels chinois relayaient en priorité et en direct le sixième vol spatial vers une station orbitale avec un dialogue en direct entre les astronautes et le président Xi Jinping. Une date qui ne devait rien au hasard et des images censées montrer quel pays représente l’avenir.


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