Le triomphe est total pour Boris Johnson. Le premier ministre sortant a remporté une écrasante victoire aux élections législatives de ce jeudi. Il a obtenu 363 sièges sur 650. Après deux ans et demi sans majorité absolue à la Chambre des communes, le Royaume-Uni va enfin avoir un gouvernement stable.

Le succès se fait au détriment de l’effondrement du Parti travailliste. En passant juste sous la barre des 200 députés (199 d’après les dernières projections), le Labour obtient son plus mauvais score depuis 1935. La déroute sonne la fin de la carrière de Jeremy Corbyn à la tête du parti, après quatre années très mouvementées. «Je ne mènerai pas le parti lors d’une future campagne électorale», a-t-il annoncé dans un discours amer, accusant les intrusions médiatiques «dégoûtantes», contre sa famille. Il ne présente cependant pas immédiatement sa démission, souhaitant rester le temps d’une «réflexion sur ces résultats».

Lire aussi: Elections fatidiques pour le Brexit au Royaume-Uni

Le «mur rouge» des circonscriptions qui s’étendent du Pays de Galles au nord-est de l’Angleterre, traditionnel bastion des travaillistes, s’est effondré. Les électeurs qui avaient voté pour le Brexit, et qui ne se reconnaissaient pas dans le parti dirigé par Jeremy Corbyn, ont déserté en masse. Toute la nuit, des symboles sont tombés l’un après l’autre aux mains des conservateurs: Blyth Valley, ancien village minier du nord-est de l’Angleterre; Sedgefield, l’ancienne circonscription de Tony Blair; Don Valley, aux mains du Labour depuis 1922… «La crise pour les travaillistes va être existentielle», analyse Matthew Goodwin, politologue à l’Université du Kent.

La cheffe des «LibDem» perd son siège

Les libéraux-démocrates, qui espéraient profiter de leur position anti-Brexit et de la faiblesse de Jeremy Corbyn, ont également connu une très mauvaise nuit. Avec seulement une douzaine de sièges, ils ne progressent pas par rapport à 2017. Pire encore, Jo Swinson, leur leader, perd son siège en Ecosse, où les indépendantistes du Scottish National Party (SNP) étaient en passe de remporter plus de 50 sièges (sur 59). Elle dénonce «la vague de nationalisme des deux côtés de la frontière [en Angleterre et en Ecosse]».

Un slogan, répété encore et encore par Boris Johnson, aura fait la différence: «Get Brexit done» (mettre en œuvre le Brexit). Le premier ministre sortant avait même vidé le reste de son programme, pour éviter de parasiter le message. Il fallait en finir avec trois ans et demi d’hésitations et de paralysie.

Lire le reportage de notre correspondant: Voyage dans le Royaume (dés) uni

Le Brexit devrait donc avoir lieu le 31 janvier 2020, sa date officielle. Boris Johnson a déjà un accord avec l’Union européenne et il ne reste plus à la Chambre des communes qu’à le ratifier. Sachant que tous les candidats conservateurs ont signé une promesse de soutenir cet accord, ce vote n’est plus qu’une formalité. «Une solution à l’impasse du Brexit a finalement été trouvée», est obligée de reconnaître Justine Greening, une ancienne députée conservatrice exclue du parti en septembre, qui faisait campagne pour un deuxième référendum.

Jeremy Corbyn n’a pas su trancher

La victoire de Boris Johnson marque l’échec retentissant des opposants au Brexit. A travers le pays, ils avaient pourtant un fort soutien populaire. Deux manifestations monstres ont réuni 1 million de personnes dans les rues de Londres pour militer en faveur d’un second référendum. Les sondages indiquent qu’une courte majorité – autour de 53% – souhaite rester dans l’Union européenne. Mais jamais ce soutien populaire n’a réussi à s’organiser politiquement.

L’an dernier, plusieurs députés travaillistes et conservateurs ont d’abord tenté de constituer un nouveau parti centriste, qui s’est effondré en quelques semaines. Puis les libéraux-démocrates, le parti traditionnellement le plus européen, ont tenté de prendre la tête du mouvement. Jo Swinson, sa nouvelle leader, a promis d’annuler unilatéralement le Brexit si elle arrivait au pouvoir, sans même organiser un référendum. Cette décision a sans doute été contre-productive, beaucoup de Britanniques estimant que sa proposition était antidémocratique.

Cette dispute dans les coulisses des anti-Brexit était due à un vide gigantesque, celui laissé par le Parti travailliste. Jeremy Corbyn, un eurosceptique historique, n’a jamais voulu trancher clairement. Etait-il pour un second référendum? Contre? Sous la pression, il a finalement choisi tardivement la première option, mais avec un message compliqué: il souhaitait d’abord renégocier un nouvel accord avec l’Union européenne, puis le soumettre à consultation populaire. Face à la possibilité d’avoir de longs mois d’incertitude, les Britanniques se sont détournés.

Difficultés

L’autre raison de leur éloignement du Parti travailliste est le rejet de la personnalité de Jeremy Corbyn, le plus impopulaire leader de l’opposition de l’histoire, selon les sondages. Pour leur porte-à-porte, les candidats l’avaient compris, et ils évitaient de mettre la photo du vieux député sur leurs prospectus. La méfiance régnait à l’égard de cet homme qui s’est affiché avec l’IRA et le Hamas. La façon dont il a fermé les yeux sur les dérives antisémites de certains militants a énormément écorné l’image de gentil grand-père (il a 70 ans) aux valeurs de gauche qu’il avait en 2017.

Retrouvez notre dossier: L’infini feuilleton du Brexit

La large victoire de Boris Johnson, si elle clarifie le paysage politique britannique, n’efface pas les nombreuses difficultés auxquelles le premier ministre doit faire face. La première va être en Ecosse. Les indépendantistes du Scottish National Party (SNP) ont remporté un nouveau raz-de-marée, avec 52 sièges sur 59 en jeu. Leur triomphe signifie que la pression va monter rapidement pour demander un deuxième référendum sur l’Ecosse. Boris Johnson a toujours dit qu’il n’en voulait pas, mais combien de temps pourra-t-il résister à la logique des urnes?

Par ailleurs, la sortie de l’Union européenne le 31 janvier n’est que la première étape du Brexit. Il va maintenant falloir négocier l’accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et l’UE. La période de transition ne prévoit que onze mois, d’ici à fin 2020, pour le faire. Le calendrier est particulièrement ambitieux, plusieurs années étant normalement nécessaires pour négocier ce genre de traité de libre-échange. En cas d’échec, le Royaume-Uni risquerait de sortir sans accord fin 2020 (à l’exception de l’Irlande du Nord, dont le cas est désormais réglé). Ce serait le retour à la case départ… à une exception près, majeure: malgré une décennie d’austérité, malgré le chaos de ces trois dernières années, les conservateurs sont plus que jamais solidement aux rênes du pouvoir.


La Suisse est prête pour un Brexit

Avec la nette victoire des conservateurs du premier ministre britannique sortant Boris Johnson aux élections législatives britanniques, les chances d’un Brexit ordonné à la fin janvier sont intactes. La Suisse et la Grande-Bretagne ont préparé la sortie britannique de l’UE.

Le Conseil fédéral a mis en place la stratégie «Mind the Gap» et prévu sept accords avec Londres. Ces derniers visent à préserver les droits et les obligations des partenaires économiques après le Brexit.

Lire aussi: Brexit: la Suisse s’est assurée mais n’est pas rassurée

Durant une période transitoire allant jusqu’à la fin 2020, les accords de l’UE conclus avec des Etats tiers comme la Suisse continueront de s’appliquer au Royaume-Uni, indique le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Pratiquement rien ne devrait changer pour les citoyens et les entreprises suisses en Grande-Bretagne.

Les ressortissants britanniques vivant en Suisse et les Suisses installés en Grande-Bretagne pourront conserver leur droit de séjour après le Brexit. Le Conseil fédéral a adopté la semaine dernière le message sur l’accord, signé en février.

34 500 Suisses en Grande-Bretagne

Il concerne environ 34 500 ressortissants helvétiques vivant et travaillant en Grande-Bretagne et quelque 43 000 ressortissants britanniques installés en Suisse dans le cadre de l’accord sur la libre circulation des personnes.

Au terme de la période transitoire, vraisemblablement à partir du 1er janvier 2021, le nouvel accord passé entre Berne et Londres s’appliquera. Outre la libre circulation des personnes, il couvre également la sécurité sociale et la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles. Les droits accordés le sont à vie.

Sur nos blogs: Johnson’s Brexit deal: si éloigné du modèle suisse

Le gouvernement britannique et la Commission européenne se sont entendus sur un accord de Brexit le 17 octobre. Le document doit encore être ratifié par les parlements. La date limite pour la sortie du Royaume-Uni de l’UE a été repoussée au 31 janvier 2020.

Une éventuelle mise en œuvre rapide du Brexit pourrait donner un nouvel élan aux négociations sur l’accord-cadre entre Berne et Bruxelles, qui sont au point mort. ATS