Etats-Unis

Victoire écrasante des candidats anti-establishment au New Hampshire

Le républicain Donald Trump et le démocrate Bernie Sanders réussissent un coup encore inimaginable voici six mois. En canalisant la colère de l'électorat contre Washington et l'élite des deux partis, ils bousculent tous les règles régissant les campagnes présidentielles

Des files d'attente interminables pour aller glisser son bulletin dans les urnes. Mardi, la primaire du New Hampshire pour la présidentielle américaine de novembre prochain a suscité un engouement que cet Etat de la Nouvelle-Angleterre n'avait plus vu depuis l'élection de Barack Obama en 2008. Mais c'est pour exprimer leur colère contre Washington et contre l'élite des partis démocrate et républicain que les électeurs ont bravé la neige pour aller voter.

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Les deux candidats incarnant ce mécontentement se sont imposés. Donald Trump, le milliardaire qui n'a jamais fait de politique, a remporté une victoire écrasante (34%) chez les républicains. Bernie Sanders (59 %), le «socialiste démocratique » qui veut démanteler les banques posant un risque systémique et instaurer une assurance-maladie publique (caisse unique), a sèchement battu l'ex-secrétaire d’État Hillary Clinton (39 %) qui avait remporté cette primaire en 2008 face à Barack Obama.

Des résultats considérés comme inenvisageables 

Les deux candidats anti-establishment provoquent un séisme outre-Atlantique. Après sa deuxième place au caucus de l'Iowa au début février, le magnat de l'immobilier new-yorkais confirme qu'il s'installe contre toute attente comme le favori à l'investiture républicaine dans la course à la Maison-Blanche. Une perspective impensable quand cette star de la télé-réalité qui anima l'émission «The Apprentice » sur NBC lança sa campagne électorale en juin 2015. Il était tout aussi impensable de retrouver le sénateur du Vermont, 74 ans, en tête de la course à l'investiture démocrate devant une Hillary Clinton qui a officié à Washington comme First Lady, sénatrice et secrétaire d’État.

Tant Donald Trump que Bernie Sanders défient toutes les règles généralement appliquées à la présidentielle américaine au point que certains votants hésitaient entre deux populismes, l'un de droite, celui du New-Yorkais et l'autre de gauche, celui du Vermontais. Le premier véhicule un message axé sur un nationalisme exacerbé visant à «restaurer la grandeur de l'Amérique (Make America Great Again) » et dopé par des accents xénophobes voire islamophobes. Mardi soir, c'est sous les cris de «USA, USA» que Donald Trump a prononcé le discours de la victoire. Le second milite pour une «révolution politique» et un socialisme à l'européenne dans un pays emblème du capitalisme.

Le New Hampshire, dont l'économie est très prospère (3 % de chômage) n'est pas représentatif des Etats-Unis. Sa population est à plus de 92 % blanche et ses citoyens se font un honneur de ne pas être prisonniers des logiques politiques. Ils tiennent à leur indépendance. 44 % des électeurs se disent «undeclared», non inscrits sur les listes de l'un ou l'autre parti. Or c'est surtout au cours des derniers jours précédant la primaire de mardi qu'ils ont fait leur choix. Les habitants du New Hampshire participent plus que n'importe quel autre Etat du pays aux rendez-vous électoraux. Mais ils posent leurs exigences : ils attendent des candidats qu'ils exposent honnêtement leurs idées et qu'ils se confrontent aux questions du public dans des meetings électoraux qui commencent dans les salons de particuliers pour se terminer dans des halls de gymnastique. Ils tendent à privilégier l'establishment. Or mardi, ils ont bousculé les habitudes. L'électorat démocrate du New Hampshire a changé. Longtemps dominé par les baby-boomers des années 1960, il s'est beaucoup rajeuni. Or pour les jeunes, «le vocable socialisme n'est pas synonyme de Guerre froide ou des goulags de l'Union soviétique. Il renvoie davantage à la France ou à d'autres social-démocraties européennes », analyse Andrew Smith, professeur de science politique à l'Université du New Hampshire.

Le problème d'image de l'ancienne secrétaire d'Etat

Le résultat de mardi pose un vrai casse-tête pour les deux directions de parti. Pour le Parti démocrate qui fait plutôt le jeu d'Hillary Clinton, la percée de Bernie Sanders devient problématique. D'autant que ce dernier va profiter de son succès pour accentuer son emprise sur l'électorat démocrate et accroître les dons de contribuables prêts à se rallier derrière lui. Dans le New Hampshire, 83 % des jeunes âgés de 18-29 ans ont voté pour le natif de Brooklyn. Plus inquiétant encore pour le camp Clinton: 55 % des femmes dont une écrasante majorité de jeunes ont opté pour celui qui déclare la guerre à l'oligarchie dominant la scène politique américaine. Parmi les démocrates, 41 % souhaitent que le futur président poursuive la politique de Barack Obama et 40 % veulent qu'il mène un politique plus à gauche. 32% des démocrates attendent du candidat de l'honnêteté, 22% de l'expérience et seulement 13% la capacité de se faire élire à la Maison-Blanche.

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Hillary Clinton continue d'avoir un problème d'image. Une majorité de démocrates ne lui font pas confiance. L'intervention maladroite de son mari et ex-président Bill Clinton contre Bernie Sanders ne l'a pas aidée. L'ex-secrétaire d’État garde une organisation très développée dans les Etats du Sud et notamment en Caroline du Sud qui tient sa primaire démocrate le 27 février. Mais la victoire de Bernie Sanders dans le New Hampshire va-t-elle changer la donne ? Depuis des semaines, beaucoup estiment qu'Hillary Clinton bénéficie toujours d'un électorat plus large et qu'elle est beaucoup plus populaire parmi les Afro-Américains. Mais le sénateur du Vermont y travaille et il n'est pas exclu qu'il parvienne à renverser la tendance.

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La bataille entre candidats de l'establishment fait rage

Chez les républicains, Donald Trump profite de la division de l'establishment entre plusieurs candidats : John Kasich, Jeb Bush, Ted Cruz, Marco Rubio et Chris Christie. S'il entend déboulonner Donald Trump, le parti devra changer sa stratégie et demander à certains candidats d'interrompre leur campagne. Mardi, le gouverneur de l'Ohio John Kasich a réussi son coup.

Plus modéré que la plupart des autres candidats républicains, pragmatique (il est l'un des rares gouverneurs républicains à avoir accepté d'élargir la couverture de Medicaid – l'assurance-maladie publique pour les pauvres – dans le cadre d'Obamacare), il a été le seul à ne pas attaquer ses rivaux républicains. Il a préféré mener une campagne positive axée sur des solutions réalistes. Electrice dans la soixantaine, Suzanne Sokul a participé à l'un des meetings électoraux de John Kasich dimanche à Concord. Elle le confiait au Temps peu avant le meeting: «J'hésite entre Jeb Bush et John Kasich ». A la fin du «town hall meeting », elle avait tranché : «Ce sera John Kasich. J'aime son honnêteté. On sent que ce qu'il dit, c'est ce qu'il est. Il ne joue pas un jeu. C'est précieux pour un politique.» Pour le gouverneur de l'Ohio, son bon résultat dans le New Hampshire ne signifie pas que la suite de la campagne électorale sera facile. D'autres candidats semblent avoir un parcours plus facile dans les Etats du Sud.

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La primaire de mardi aurait dû éclaircir un peu la situation. Or avec la troisième place du sénateur texan Ted Cruz et la quatrième de l'ex-gouverneur de Floride Jeb Bush voire la cinquième place du sénateur Marco Rubio, la bataille entre candidats de l'establishment semble encore plus complexe. Pour le gouverneur du New Jersey Chris Christie et l'ex-patronne de Hewlett-Packard Carly Fiorina ainsi que le neuro-chirurgien à la retraite Ben Carson, la fin de l'aventure paraît proche.

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