Des règles électorales complexes devraient préserver la junte au pouvoir depuis un demi-siècle de toute surprise à l’issue de ces élections pluralistes. La Ligue nationale pour la démocratie (LND) de la plus éminente opposante, Aung San Suu Kyi, a boycotté le scrutin. Les électeurs ont voté «librement et joyeusement», selon la télévision officielle, mais les témoignages recueillis suggèrent plutôt une participation faible et des fraudes massives.

Accrochages avec l’armée

Illustrant les divisions ethniques qui affectent le pays depuis des décennies, des combats entre l’armée et des rebelles karen ont éclaté à Myawaddy, ville proche de la frontière avec la Thaïlande. Ces accrochages, qui ont fait trois morts, font craindre une reprise de la guerre civile dans les confins du pays.

Les minorités ethniques craignent que le scrutin écarte toute perspective d’autonomie et provoque une recrudescence des combats. Les médias officiels donnent les résultats au compte-gouttes et la composition du Parlement pourrait n’être connue que dans quelques jours, selon certaines sources, dans ce pays où l’information est étroitement contrôlée.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont estimé dans des déclarations séparées que ces élections n’étaient ni libres ni justes, et l’Union européenne a également été très critique. «De nombreux aspects de ces élections ne sont pas compatibles avec les normes internationales acceptables», a déclaré le Haut représentant de l’UE pour la politique étrangère et de sécurité, Catherine Ashton.

Berne dénonce les restrictions

La Confédération regrette également les conditions dans lesquelles se sont tenues les élections, a indiqué le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE). Il dénonce des «restrictions massives» de la liberté d’expression, de la liberté de réunion ainsi que de la liberté de la presse. «Les conditions très sévères imposées pour le choix des candidats et d’importantes restrictions des libertés de réunion et d’expression n’ont laissé aucune place à une participation équitable des partis d’opposition à la campagne électorale», a ajouté le DFAE.

En conséquence, la Suisse appelle les autorités birmanes à faire en sorte que ces élections multipartites, les premières depuis 20 ans, soient l’amorce d’un processus débouchant sur une forme de gouvernement démocratique.

Le DFAE a également invité le gouvernement birman «à libérer sans délai tous les prisonniers politiques, notamment Aung San Suu Kyi, et à engager un dialogue ouvert et sérieux avec tous les partis politiques et groupes ethniques du pays.»

La télévision officielle birmane a pour sa part affirmé que l’élection avait été organisée de façon à ce que chacun puisse y participer et souligné que les dirigeants du pays «confiaient le pouvoir souverain au peuple, qui en est le détenteur ultime». La Chine, la plus fidèle alliée de la junte birmane, a salué «l’avancée» que constituent selon elle ces élections.