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La victoire des idées de Nigel Farage

Le leader du UKIP a été mis de côté pendant la campagne, mais ses idées contre l’immigration se sont imposées

Vingt ans qu’il dédie sa vie à ce rêve de sortir de l’Union européenne. Nigel Farage, l’ancien trader en métaux devenu bateleur en chef des anti-européens. Celui qui a longtemps paru tellement isolé et marginal que David Cameron parlait de ses supporters comme de «fruitcakes, loonies and closet racists» («abrutis, cinglés et racistes qui ne l’avouent pas»).
Evidemment, le leader du United Kingdom Independence Party (UKIP) jubilait à l’annonce de la victoire du Brexit. Dès 4h du matin vendredi, il lançait: «Le 23 juin va devenir le jour de l’indépendance.»

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La victoire d’un perdant

A un niveau personnel, la victoire est pourtant en demi-teinte pour lui. Sept fois il a essayé d’être élu député au Royaume-Uni. Sept fois, il a échoué. Après sa dernière défaite, de justesse, en mai 2015, il a même annoncé sa démission de la direction du UKIP, avant de changer d’avis au dernier moment.

Pire encore: pendant la campagne du référendum, Nigel Farage a été marginalisé. L’organisme qu’il avait créé pour l’occasion, Leave.eu, s’est fait ravir la politesse par Vote Leave, un organisme concurrent soutenu par les ténors conservateurs Boris Johnson et Michael Gove. Ce dernier a été choisi officiellement par la commission électorale pour représenter le camp de la sortie de l’UE, bénéficiant ainsi de financements et d’un accès plus large aux médias.
Et pourtant, jamais ce référendum n’aurait pu être gagné sans Nigel Farage. C’est lui, inlassablement, qui martèle le message anti-européen depuis vingt ans. Surtout, c’est lui qui a inventé la stratégie dévastatrice d’associer immigration et UE.

Un message simple

Après sa défaite aux législatives de 2010, il s’est remis en question. Le libertaire populiste s’est réinventé, pour répéter un message simple: «Nous n’avons plus le contrôle de nos frontières.» D’un coup, le message anti-européen, qui marchait essentiellement auprès des conservateurs des campagnes huppées, a percé dans les agglomérations déclinantes et les banlieues populaires. Jeudi, les électeurs de ces régions oubliées de la mondialisation ont utilisé ce message pour se venger des élites. Les Midlands ont voté à 59% pour sortir de l’UE, le Nord-Est et le Yorkshire à 58%. Avec un argument principal: réduire l’immigration. Depuis cinq ans, Nigel Farage le leur avait répété. Boris Johnson n’a eu qu’à reprendre les mêmes arguments, presque mot pour mot: le fruit était mûr.

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