413 voix pour, 251 contre et 44 abstentions: tel fut le résultat, le 22 juillet 2004, du vote d’investiture de José Manuel Barroso devant le parlement européen, pour un premier mandat de cinq ans. Un score que l’intéressé, seul candidat à sa succession et soutenu à l’unanimité par les vingt-sept Etats membres, va tenter d’égaler mercredi. Après avoir, ce mardi après-midi, répondu pendant plus de trois heures aux questions des eurodéputés réunis en séance plénière.

Cette audition finale de l’ancien premier ministre portugais s’annonce, sur le papier, comme une formalité. M. Barroso est après tout le seul candidat en lice, et son passage, la semaine dernière à Bruxelles, devant l’ensemble des groupes politiques du Parlement Européen, lui a permis de prendre la température plutot favorable de l’assemblée élue le 7 juin dernier. Le suspense, toutefois, demeure sur l’attitude que vont adopter les socialistes, dont le groupe - le deuxième en nombre de sièges après les conservateurs du PPE - est divisé. «Ce sera un moment très difficile. Tout le monde va scruter le nombre d’abstentionnistes» reconnait à Strasbourg un élu du parti socialiste Européen, au sein duquel les Espagnols, le Portugais et les Britanniques soutiennent M. Barroso contre les Français et une bonne partie des élus Allemands. Le président du groupe PSE Martin Schultz a, pour sa part, publiquement déclaré qu’il voterait contre.

M. Barroso devrait à priori faire le plein de voix dans son camp conservateur, et - ce qui est plus problématique - chez les conservateurs britanniques, désormais réunis dans un groupe ouvertement eurosceptique. Il peut aussi compter sur le soutien d’une majorité du groupe libéral ALDE, malgré les critiques récurrentes à son égard de son président, l’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt. A l’inverse, les Verts emmenés par Daniel Cohn Bendit et la gauche radicale ont de longue date affirmé qu’ils s’opposeront à l’ancien premier ministre portugais.

Comme il l’avait fait à Bruxelles devant les différents groupes politiques de l’Europarlement, M. Barroso doit souligner mardi à Strasbourg les grandes lignes de son programme pour les cinq années à venir, à la tête de la Commission européenne dont le budget annuel approche les 140 milliards d’Euros. «Nous avons besoin d’une Europe proactive» a-t-il d’emblée déclaré, après avoir pris la parole, devant le président polonais de l’Assemblée Jerzy Buzek, que l’actuelle Commission fut celle du grand moment historique de l’élargissement.

« Le temps est venu de travailler ensemble a-t-il poursuivi, promettant de «tenir compte» des propositions faites par les différentes familles politiques, notamment à propos de la stratégie communautaire à adopter pour sortir de la crise économique. «Le modèle de croissance économique d’hier appartient au passé. Je suis d’accord pour affirmer que la coordination n’est pas suffisante, nous avons besoin d’une stratégie commune beaucoup plus poussée pour 2020, conciliant une politique industrielle, un soutien à l’innovation et un besoin évident de régulation et d’éthique». Appel évident à la gauche du parlement, l’ancien premier ministre portugais s’est en outre prononcé des les premiers paragraphes de son discours «contre le dumping social en Europe», pour le «maintien de services d’intérêts généraux» et pour une charte des «droits des femmes». Trois nouveaux postes de Commissaires européens incarneront ce tournant politique a-t-il promis: un chargé des droits fondamentaux et des minorités, un autre responsable des migrations et de la lutte contre les trafics d’être humains et un troisième commis aux négociations sur le changement climatique.

Les chefs d’Etat et de gouvernement des vingt-sept se réuniront jeudi soir à Bruxelles sous présidence Suédoise pour un diner informel officiellement consacré au prochain sommet du G20 à Pittsburgh (Etats-Unis). Si la candidature de M. Barroso était rejetée par l’Europarlement, ces derniers devraient proposer un nouveau candidat d’ici un mois.