Le Pentagone s'est finalement décidé jeudi à diffuser les images de Oussama Ben Laden revendiquant la planification des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis (lire Le Temps du 12 décembre). Cette cassette vidéo, dont le Washington Post avait annoncé l'existence dimanche passé, aurait été «trouvée dans une maison à Jalalabad» dans l'est de l'Afghanistan, selon le porte-parole de la Maison-Blanche Ari Fleischer. Les autorités américaines ont réfléchi plusieurs jours avant de divulguer cette vidéo. La mauvaise qualité de l'image et du son rendait sa traduction particulièrement délicate, à quoi s'ajoutaient sans doute, pour Washington, de nombreuses considérations d'opportunité politique.

Les images montrent un Ben Laden entouré de ses gens, au quotidien. Souriant et tranquillement assis sur des coussins, il devise en arabe dans ce qui serait une pension de Kandahar. La vidéo aurait été tournée le 9 novembre dernier. Elle est loin d'évoquer ces grottes présentées comme remarquablement équipées ou ces QG sophistiqués d'où le chef d'Al-Qaida était censé coordonner sa lutte contre l'Amérique. Oussama Ben Laden, sans faire aucune nouvelle révélation, affirme à ses interlocuteurs être derrière la préparation et le déroulement des attentats du 11 septembre. Il désigne Mohammed Atta comme le chef de l'opération; il raconte qu'il était au courant dès le jeudi précédent de la date des actions terroristes; il dit aussi s'être réjoui de la joie de ses compagnons lorsque la nouvelle du crash du premier avion sur New York leur est parvenue. Il aurait alors souri et recommandé à ses «frères» d'être patients.

Au-delà de cette revendication, les propos échangés frappent par leur caractère souvent irrationnel. Il est beaucoup question dans ces conversations de rêves prémonitoires, si intenses d'ailleurs qu'ils sont de nature à mettre en péril l'opération: «A ce stade, j'étais inquiet, dit Ben Laden, que peut-être le secret serait révélé si tout le monde commençait à le voir en rêve.»

Pour certains officiels américains, cette cassette – tombée en mains américaines fin novembre – constitue une preuve de la culpabilité de Ben Laden. D'autres, comme Donald Rumsfeld, le secrétaire américain à la Défense, ont cru bon de rappeler qu'avant même que «la cassette soit découverte, il n'y avait aucun doute sur (sa) responsabilité». A ce jour, cette vidéo – qu'on la juge probante ou non – est le seul élément tangible dont dispose le public, les autres éléments à charge ayant été gardés secrets pour raisons de sécurité.

Combats à Tora Bora

Sera-t-elle utilisée un jour devant un tribunal? La réponse se trouve peut-être à Tora Bora, dans les montagnes de l'Est afghan. Les combats pour dénicher éventuellement Ben Laden ont repris de plus belle jeudi, après l'échec des médiations des commandants afghans. Le commandant Hazrat Ali qui mène l'assaut a été clair face à l'envoyé spécial du Washington Post: «Les Américains ne vont pas accepter» que les gens d'Al-Qaida «se rendent. Ils veulent les tuer».