Dans un paysage de rêve, lac Majeur et Monte Mottarone bien vert, on voit la cabine toute rouge qui monte, qui monte, l’angle est bien de 40 degrés. Elle arrive au bord du pylône, et en une seconde, c’est la catastrophe. La télécabine repart dans l’autre sens, dévalant le câble à une folle allure. Les images se font plus floues, mais on la voit très clairement parvenir au niveau du pylône plus bas, à 1300 mètres d’altitude. Puis tomber. Dans la seconde vidéo, un autre angle, qui répète ces images. On voit qu’une personne attendait bien l’arrivée de la cabine et comprenant en un instant la catastrophe, l’homme se précipite pour aller donner l’alerte. Et ce sentiment d’impuissance terrible, devant la vitesse de la cabine.

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C’est la RAI3 dans ses journaux télévisés de mercredi qui a diffusé ces vidéos, issues des caméras de télésurveillance du téléphérique de Stresa. Elles ont été prises le 13 mai dernier, juste avant la chute de la cabine qui a fait 14 morts, ne laissant qu’un seul survivant, un garçon de 5 ans, qui a perdu toute sa famille, et est sorti de l’hôpital la semaine dernière. Le câble qui tractait la cabine s’est rompu pour une raison encore indéterminée, et l’absence des freins d’urgence a précipité le drame: l’enquête préliminaire a tout de suite établi qu’ils avaient été délibérément désactivés, probablement parce qu’ils se déclenchaient trop souvent et que cela ralentissait la cadence du téléphérique et donc ses rendements. Trois responsables de la gérance ont été arrêtés. L’un est assigné à résidence, les deux autres ont été remis en liberté, faute de preuves.

La justice condamne

Si ces images permettent de comprendre comment l’accident s’est produit, la justice italienne a immédiatement condamné leur diffusion. «Je voudrais souligner l’inopportunité absolue de publier les images qui dépeignent les derniers moments dramatiques de la vie des passagers du téléphérique qui s’est écrasé le 23 mai sur Mottarone, pour le respect que nous sommes tous tenus d’apporter aux victimes, à la douleur de leurs familles», a ainsi écrit la procureure de Verbania chargée de l’enquête, Olimpia Bossi, dans un communiqué.

Ces vidéos – sur lesquelles les visages ont été floutés et où personne n’est reconnaissable – font partie du dossier d’instruction et les suspects et leurs avocats ont le droit de les visionner et d’en obtenir une copie. Pourtant leur publication est interdite, «car il s’agit de documents qui, bien que n’étant plus couverts par le secret, vu qu’ils sont connus des suspects, sont liés à des procédures en phase d’enquête préliminaire», explique aussi le communiqué de la procureure. Les familles, par contre, n’avaient pas vu ces vidéos, qu’elles ont découvertes à la télévision. Plusieurs médias les ont reproduites sur leur site, arguant qu’il s’agissait d’éléments d’intérêt public permettant de comprendre comment le drame s’était joué. Sur les réseaux sociaux, la polémique est intense. Fallait-il publier ces images?