Les Cassandre avaient raison. En décembre 2007, l'économiste socialiste Pierre Larrouturou prédisait l'imminence d'une crise mondiale digne de 1929. «Tout a été imaginé pour pousser les ménages à s'endetter sur des montants incroyablement élevés et sur des périodes extrêmement longues», expliquait-il dans Libération, en soulignant le caractère artificiel des taux de croissance enregistrés dans plusieurs pays occidentaux.

Onze mois plus tard, la prédiction sonne juste. Et ils sont nombreux, au sein de la gauche traditionnelle, à penser que le vent a tourné en leur faveur. «Le retour en force du besoin de régulation donne donc un coup de vieux à tous ceux qui s'autoproclamaient «modernes». Et un coup de jeune à ceux qui alertaient sur l'impasse [du] système», écrivent les signataires de la motion «Un monde d'avance», qui rassemble l'aile gauche du PS.

Non seulement ces avertissements ont été validés par les faits, mais les recettes du socialisme à l'ancienne paraissent à nouveau pertinentes. Ainsi, le plan de sauvetage des banques adopté dimanche par les pays de l'Eurozone ressemble beaucoup à la nationalisation temporaire prônée par Jean-Paul Fitoussi, un économiste de gauche qui conseille désormais Nicolas Sarkozy.

Avantage Benoît Hamon

La déroute des marchés financiers encourage aussi les syndicats, qui défendent le système de retraites par répartition où les actifs paient pour les retraités. Ils le jugent supérieur au modèle des fonds de pension à l'américaine, où chacun constitue un pécule investi notamment en actions.

Au PS, le bénéficiaire de ce retournement de tendance devrait être Benoît Hamon, candidat à la tête du parti et chef de file de la motion «Un monde d'avance». Sa campagne en vue du congrès de Reims, qui doit désigner le nouveau dirigeant socialiste début novembre, a impressionné les analystes. Il vient de mettre au défi ses concurrents - Bertrand Delanoë, Martine Aubry, Ségolène Royal - de se mesurer avec lui dans un débat télévisé. Aucun n'a accepté.

Jeune (41 ans), intransigeant et éloquent, Benoît Hamon pense que le PS doit durcir son discours s'il ne veut pas être laminé par l'extrême gauche résurgente d'Olivier Besancenot. Son programme évoque un retour aux politiques socialistes des années 1970. Il demande des «restrictions européennes du libre-échange», la création de banques publiques pour soutenir l'industrie et le contrôle de la politique monétaire par les gouvernements.

Pour le courant majoritaire du PS, qui a reconnu les mérites de la libre entreprise il y a à peine six mois, c'en est trop. «Réguler les marchés, ça ne veut pas dire renationaliser Renault», déclarait récemment Alain Bergougnioux, un partisan de Bertrand Delanoë. «S'il y a un socialiste qui veut qu'on sorte de l'économie de marché, qu'il nous le dise et nous explique dans quoi il veut rentrer!» ajoutait un autre soutien du maire de Paris, Michel Sapin.

Même si elle se sent portée par l'Histoire, la gauche du parti a encore du chemin à faire. Selon un sondage LH2 publié la semaine dernière, seulement 1% des sympathisants socialistes pensent que Benoît Hamon serait le meilleur dirigeant du PS pour les années à venir. Un déficit de notoriété qu'il sera difficile de combler avant le congrès de Reims.