Le nouveau maire de Paris, Bernard Delanoë, est venu vendredi soir à Vienne prêter main forte à son ami Michael Häupl, son homologue social-démocrate de la capitale autrichienne, à la veille des élections municipales de dimanche. Non pas que la prépondérance des sociaux-démocrates dans «Vienne la Rouge» soit menacée: ils y règnent en maîtres depuis 1919 – sans compter les années d'Anschluss – et rêvent même, cette fois-ci, d'y reconquérir la majorité absolue, perdue en 1996. Pour servir cette ambition, tout renfort est donc bienvenu, même si, de prime abord, les deux hommes ne se ressemblent guère: le Parisien raffiné «qui adore Vienne» et trouve les «Autrichiens attachants» et le Viennois jovial et moustachu, dont on dit ici qu'il a tout d'un cocher de fiacre, mais dont la rondeur ne cache pas tout à fait la finesse politique.

Un peu plus d'un million d'électeurs vont renouveler dimanche les 100 membres du Conseil communal de Vienne, c'est-à-dire son parlement puisque la ville est à elle seule aussi un Land. Chacun ici voit dans cette élection un test à l'égard du gouvernement autrichien. Un peu plus d'un an après son entrée en scène, la coalition formée par les conservateurs du chancelier Schüssel (ÖVP) et la droite populiste de la vice-chancelière Suzanne Riess-Passer, qui a succédé, au moins nominalement, à Jörg Haider à la tête du FPÖ, avance cahin-caha dans un programme de réformes censé assainir les finances de l'Etat et moderniser une administration archaïque et pléthorique. L'ampleur des gains socialistes et Verts à Vienne pourrait être un indice de la lassitude des électeurs à l'égard d'un gouvernement qui leur réclame des sacrifices, mais qui paraît souvent mal préparé et divisé, et d'un parti, le FPÖ, dont l'ancien chef, dans son désir maladif d'attirer l'attention, n'hésite devant aucun dérapage verbal, fût-il antisémite.

Crédité de 39,2% aux dernières municipales en 1996, le SPÖ devrait, dimanche, franchir la barre des 40%. Michael Häupl a annoncé qu'il se retirerait si son parti perdait des voix. Un risque minime, si l'on en croit les sondages. C'est d'ailleurs lui qui a provoqué, de façon anticipée, le scrutin de dimanche, en dénonçant la coalition qu'il formait jusque-là avec le parti conservateur du vice-maire Bernhard Görg. Fief incontesté des «rouges», Vienne n'est pas une ville bourgeoise. Lors des dernières élections nationales, l'ÖVP obtenait 26,9% des suffrages au plan national mais 17% seulement dans la capitale. Ce printemps, les conservateurs espèrent toutefois franchir le cap des 20%.

Alliance rouge-verte?

Le tandem Häupl-Görg, auquel il faut ajouter un autre conservateur, Peter Marboe, chargé de la Culture, peut se targuer d'un bilan positif. Malgré le poids d'une bureaucratie qui handicape beaucoup les entreprises – petites surtout –, Vienne est une ville bien gérée. Elle figure dans le peloton de tête des comparaisons internationales en matière de qualité de la vie. La campagne du FPÖ et de sa candidate tête de liste, Helene Partik-Pablé, qui dénonce l'insécurité, la drogue, les embouteillages, le risque de surpopulation étrangère est donc un non-sens. Le FPÖ, qui avait fait 27,9% des voix en 1996 en chassant sur les terres socialistes, devrait cette fois perdre du terrain. En se prononçant pour l'ouverture des logements communaux subventionnés (la ville en possède quelque 220 000) aux étrangers et pour le droit de vote de ces mêmes étrangers, au niveau de l'arrondissement au moins, les socialistes renoncent à concurrencer le discours populiste et renouent avec des idéaux de gauche. Sur ce terrain, ils sont en concurrence avec les Verts qui semblent avoir le vent en poupe et pourraient dépasser les 10%.

Va-t-on assister, à Vienne, à un renversement d'alliance? Telle est la question. Même si l'arithmétique s'y prêtait, une coalition noire-bleue comme à l'échelon national est exclue. Conservateurs et populistes viennois ne s'entendent en effet sur aucun dossier. Le Parti social-démocrate, comme l'a déclaré son président, Alfred Gusenbauer, est en faveur d'une alliance rouge-verte. Ce serait une première en Autriche et qui pourrait offrir une alternative à la coalition actuelle lors du prochain scrutin national de 2003. Michael Häupl ne s'est jusqu'ici pas prononcé. Il veut garder les mains libres et négocier en position de force.