Surprise dimanche à Vienne. Selon des résultats définitifs (si l'on excepte les votes par correspondance), le Parti social-démocrate du maire Michael Häupl a remporté une victoire d'une ampleur qu'aucun sondage n'avait prévue: il remonte de 7 points en rassemblant près de 47% des voix. Le SPÖ viennois reconquiert la majorité au Conseil municipal qu'il avait perdue en 1996.

L'autre grand changement vient de l'extrême droite, délaissée par un quart de son électorat. S'il reste le deuxième parti dans la capitale autrichienne, le FPÖ de Jörg Haider essuie – avec moins de 21% des voix – une défaite cuisante, la troisième depuis son entrée au gouvernement en février 2000. Quant aux conservateurs (ÖVP) du vice-maire Bernhard Görg, ils ont, avec un peu plus de 16% des voix, légèrement progressé, mais échoué à atteindre la barre des 20%. Les Verts ont presque doublé leur score de 1996, en dépassant les 12%. Plus d'un million d'électeurs – soit le cinquième des électeurs autrichiens – étaient conviés aux urnes, 63% d'entre eux s'y sont rendus.

Cette élection municipale dans la capitale était aussi un test pour le gouvernement de coalition ÖVP-FPÖ. A l'évidence, la politique d'austérité menée au niveau national – hausse de diverses taxes, introduction d'une taxe universitaire, réforme des retraites et de la sécurité sociale, notamment – a été sanctionnée par les Viennois. La position du gouvernement va en être affaiblie, de même que, probablement, sa cohésion. Mais le triomphe socialiste est aussi un triomphe personnel pour le maire, Michael Häupl, qui, hier soir, en paraissait presque sonné. La présence massive de Jörg Haider sur les affiches du FPÖ, à côté de la candidate tête de liste, Helene Partik-Pable, n'a, cette fois, pas séduit les Viennois. Les attaques contre Ariel Muzicant, président de la communauté juive de Vienne, ont peut-être provoqué une forme de rejet.

Dimanche soir, Vienne est redevenue «Vienne la rouge» et les socialistes pourront y mener leur politique sans l'appui de personne. Michael Häupl va néanmoins, dès lundi, négocier avec les Verts et les conservateurs. A titre personnel le vice-maire conservateur, Bernhard Görg, ne souhaite pas entrer dans une coalition avec un parti détenant la majorité absolue, même si, selon les sondages, une majorité de Viennois souhaite une prolongation de la coalition entre socialistes et conservateurs. L'option d'une coalition rouge-verte reste ouverte. Son mérite, aux yeux de la direction nationale du SPÖ du moins, serait d'offrir aux électeurs autrichiens un contre-modèle à la coalition actuelle entre conservateurs et haidériens dans la perspective des élections nationales de 2003. Les Autrichiens seraient alors placés devant un vrai choix de société. Enfin, le résultat des élections viennoises ne restera sans doute pas sans effet sur l'image de l'Autriche au niveau international.