C’est une nouvelle consultation populaire, la troisième depuis 2015. Voulue par Viktor Orban, elle est dirigée, cette fois, contre le milliardaire américain d’origine juive et hongroise, George Soros. Le premier ministre conservateur est la figure de proue en Europe de l’opposition à l’accueil des réfugiés dans l’UE. Il a lancé une coûteuse campagne financée par les deniers publics sur ce qu’il nomme le «plan Soros».

Car, depuis de très longs mois, Budapest a fait de l’homme d’affaires reconverti en philanthrope son ennemi public numéro un. Et l’accuse de fomenter un complot, destiné à diriger vers le Vieux Continent un million de réfugiés par an. Des questionnaires vont être envoyés dans chaque foyer. Les Hongrois sont invités à répondre à sept questions, et l’opération comprend également une campagne d’affichage et la diffusion de spots télévisés, affirmant par exemple que le plan veut «faire passer au second rang la langue et la culture des pays européens dans le but de faciliter l’intégration des immigrants illégaux». Seraient aussi prévues des «attaques sur les pays s’opposant à l’immigration» et l’imposition de «sévères sanctions» aux récalcitrants.

Contre la relocalisation des réfugiés

Le gouvernement est certain d’obtenir un soutien massif, visant à conforter sa position face au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ouvertement accusé d’avoir proposé en 2015 un programme de répartition des demandeurs d’asile dans les pays membres de l’UE sous la dictée de George Soros. «La manière dont ces deux-là affichent leur bonne entente me rappelle celle avec laquelle les dirigeants communistes accueillaient par le passé leurs camarades à Moscou», ironise le politologue Bank L. Boros, qui soutient l’initiative.

La campagne serait aussi justifiée par la volonté récente de la Commission d’installer un mécanisme permanent de relocalisation des réfugiés. «Elle semble encouragée par la décision de la Cour de justice – de l’UE – et parle désormais de répartir 50 000 nouvelles personnes, s’indigne Istvan Hollik, un député hongrois de la majorité. Mais nous, on veut décider avec qui on veut vivre et non que ce soit Bruxelles qui nous le dicte!»

«On vient de passer un cap»

Mercredi 6 septembre, la cour basée à Luxembourg avait réaffirmé le principe de la solidarité entre Européens face à l’accueil des réfugiés. La plus haute juridiction de l’UE venait de rejeter les recours de la Slovaquie et de la Hongrie contre la relocalisation obligatoire en urgence des demandeurs d’asile arrivés en Grèce et en Italie. Les ONG craignent que cette nouvelle tentative de mobilisation de l’électorat acquis à Viktor Orban, en vue des législatives d’avril prochain, ne détériore encore plus un climat déjà délétère en Hongrie.

«On vient de passer un cap», juge l’artiste Marton Gulyas, qui a fondé un mouvement civique d’opposition au chef de l’exécutif. «Des villageois ont menacé de mort le propriétaire d’une auberge qui voulait offrir des vacances à des enfants reconnus comme réfugiés dans le pays, et le premier ministre s’est réjoui du fait qu’ils expriment à voix haute leur opinion sur le sujet.»

«Tentative de diversion»

Le principal intéressé, lui, reste silencieux. George Soros laisse pour l’instant les représentants de l’Open Society Foundations, le réseau qu’il a fondé après la chute de l’URSS, rappeler quelques vérités simples. «Il n’y a pas de complot international contre la Hongrie, énonce l’un d’entre eux, Goran Buldioski. Cette tentative de diversion a pour objet de faire oublier aux Hongrois l’absence de services élémentaires de soins médicaux, les problèmes dans le secteur de l’éducation et les retards de développement des zones rurales.»

Les électeurs ont jusqu’au 24 novembre pour faire savoir leur opinion. Les résultats seront présentés au plus tôt dans les premiers mois de l’année prochaine, selon Istvan Hollik. Juste à temps pour le lancement de la campagne électorale de Viktor Orban, candidat à un mandat supplémentaire.