Viktor Orban engage un nouveau bras de fer avec Bruxelles

Union européenne La Hongrie s’allie à Vladimir Poutine

Officiellement, le premier ministre hongrois Viktor Orban a effectué une visite de travail vendredi à Bruxelles. Il y a été reçu notamment par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Selon sa porte-parole Mina Andreeva, les deux hommes ont parlé notamment de la sécurité énergétique en Europe.

Il s’agit pourtant bien d’un rappel à l’ordre du premier ministre hongrois. Et pour cause, Viktor Orban vient de prendre à contre-pied une injonction de l’Union et a invité le président russe pour un sommet bilatéral à Budapest le 17 février. En mars 2014, en pleine crise entre Moscou et Kiev, Bruxelles avait déconseillé toute rencontre bilatérale avec le chef du Kremlin.

«Provocation»

L’entourage de Viktor Orban s’en défend et rappelle que plusieurs chefs d’Etat ou de gouvernement ont eu des tête-à-tête avec le dirigeant russe. Le dernier en date: le président François Hollande a rencontré Vladimir Poutine en décembre à l’aéroport de Moscou. En juin 2014, le chancelier autrichien Werner Faymann avait invité le président russe à Vienne.

«En invitant Vladimir Poutine à Budapest, Viktor Orban va encore plus loin dans la provocation», explique un diplomate. Il est aussi le seul parmi les dirigeants européens à s’opposer aux sanctions imposées à la Russie pour son rôle dans le conflit à l’est de l’Ukraine et pour l’annexion de la Crimée. Dans son édition de jeudi, le journal en ligne EU Observer, basé à Bruxelles, relève que la Hongrie, troisième partenaire économique de Moscou, a déjà subi une baisse de ses exportations vers le marché russe à hauteur de 13%.

Le bras de fer entre Bruxelles et le premier ministre hongrois n’est pas nouveau. Alors que l’UE est collectivement confrontée au défi de sécurité énergétique, Viktor Orban a accepté un prêt de 14 milliards d’euros de la Russie pour l’agrandissement de la seule centrale nucléaire du pays. Il était personnellement à Moscou le 14 janvier pour signer le contrat.

Dans un autre registre, la Hongrie a fait l’objet jeudi d’une audition sur la situation des droits de l’homme, au Parlement européen. Viktor Orban a certes participé le 11 janvier à la marche de solidarité en l’honneur des victimes des attaques de Paris. Mais au pays, alors que la télévision publique est aux ordres du pouvoir, les chaînes privées qui osent mener des enquêtes sur la corruption sont persécutées par le fisc. «Tout cela est une menace à la liberté et la pluralité des médias», a affirmé le rédacteur d’un portail de journalisme d’investigation devant les parlementaires. Toujours dans le domaine de la liberté d’expression, le gouvernement hongrois, sous pression européenne et des manifestations, a fait machine arrière en décembre et retiré son projet de taxer les sociétés d’Internet.

Corruption

Viktor Orban entretient aussi une hostilité nourrie avec la société civile hongroise. En septembre, la police avait fait une descente dans les locaux d’une ONG, prétextant des liens avec l’opposition. Le représentant du gouvernement a minimisé l’accusation, disant qu’«avoir un litige avec une ONG ne veut pas dire que l’ensemble du secteur est menacé».

Le premier ministre hongrois est aussi dans le collimateur de Washington, qui accuse six hauts fonctionnaires hongrois de corruption.