Viktor Orban avait déjà montré, par le passé, qu’il est un formidable caméléon politique. Menacé par une opposition enfin unie derrière son adversaire Peter Marki-Zay, un conservateur de 49 ans qui a su rallier une coalition hétéroclite allant de l’extrême droite aux écologistes, le premier ministre hongrois doit peut-être à l’Ukraine sa plus improbable métamorphose, à la veille des législatives du dimanche 3 avril. Jusqu’à l’assaut des chars russes, Viktor Orban affichait avec fierté sa proximité avec Vladimir Poutine qu’il avait rencontré pour la dernière fois le 1er février. Un rituel, puisque l’homme fort de Budapest, qui dirige le pays depuis douze ans, a vu le maître du Kremlin lors d’une quinzaine de rencontres officielles au fil de ses trois mandats consécutifs. Or voilà que tout s’est écroulé. L’axe russo-hongrois, et le mythe d’un dialogue préférentiel entre Moscou et Budapest, a soudain été relégué au rang de souvenirs. Désormais exhumé par ses adversaires. «Orban va devoir faire le ménage dans son passé, mais il y est habitué, explique le journaliste Gabor Horvath, spécialiste de la Russie. Dès que son pouvoir est menacé, il sait prendre la posture qui convient à la majorité des électeurs.»