Alors que la pandémie de Covid-19 s’intensifie en Hongrie, faisant près d’une centaine de morts par jour, le pays vit depuis mercredi sous confinement nocturne entre 20 heures et 5 heures du matin. Critiqué par l’ensemble de ses adversaires politiques pour sa gestion erratique de l’épidémie et son instrumentalisation du contexte sanitaire, le gouvernement conservateur de Viktor Orban cherche un remède à l’Est, privilégiant la piste russe, tout en négociant avec Pékin et Israël en parallèle.

Lire aussi: Moscou rêve de sortir le premier vaccin contre le coronavirus

«Dix doses arriveront la semaine prochaine après un dernier accord du Ministère russe de la santé puis seront testées en laboratoire», indiquait le 13 novembre le ministre des Affaires étrangères, Peter Szijjarto. «La pandémie ne connaît ni orientation géographique ni idéologie politique. La compagnie pharmaceutique hongroise susceptible de fabriquer le vaccin aura établi un calendrier de production d’ici à la livraison des échantillons», ajoutait le chef de la diplomatie magyare.

«Les vaccins russes ou chinois sont peut-être bons, et je sais que d’excellents chercheurs travaillent au sein de ces pays, mais il est à craindre que des pressions politiques n’influencent le développement de ces antidotes», estime toutefois le virologue Gabor Kemenesi, professeur à la Faculté de sciences de Pécs. «Le fait que les Russes n’aient pas attendu la fin de la phase 3 recèle de sérieux risques. La sécurité et l’efficacité du vaccin ne sont pas garanties», ajoute Kemenesi.

Feu vert de l’UE nécessaire

Selon le fonds souverain d’investissement russe finançant les recherches, Spoutnik V serait «efficace à 92%», soit 2% de mieux que le vaccin BioNTech/Pfizer sur la base d’échantillons bien moins importants. Concocté par un institut d’Etat ayant notamment produit des vaccins contre Ebola, le sérum intéresse aussi les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Indonésie, les Philippines, le Brésil, le Mexique, l’Inde et plusieurs ex-républiques soviétiques gardant une étroite proximité avec Moscou.

Reste que, dans le cas de la Hongrie, l’arrivée du vaccin russe devra recevoir l’agrément des instances européennes. «Aucun médicament ou vaccin ne peut débarquer sur le marché unique sans examen ni évaluation. L’Agence européenne des médicaments (EMA) classifie le sérum en fonction de sa sécurité, sa qualité et son efficacité», a rappelé un porte-parole de la Commission européenne cité par le journal Népszava. Cependant, chaque pays de l’Union européenne peut distribuer temporairement un médicament ou vaccin non autorisé dans le cadre d’une «situation exceptionnelle», telle la pandémie de Covid-19. Si la Hongrie obtenait cette permission valable un semestre, elle deviendrait le premier pays de l’UE proposant Spoutnik V à sa population et marquerait une fois encore sa différence à l’égard de l’Europe.

Le choix de Spoutnik V symbolise le rapprochement entre Budapest et Moscou depuis l’arrivée au pouvoir de Viktor Orban en 2010. Le géant russe Rosatom supervise la modernisation de la centrale nucléaire de Paks, unique complexe atomique magyar. La Hongrie refuse toute forme de sanctions pénalisant la Russie en lien avec le conflit dans le Donbass ukrainien. L’antique métro 3 de Budapest, ligne la plus fréquentée de la cité danubienne, s’est offert un coup de jeune grâce à une firme russe. Fin août 2017, la ceinture noire Poutine et Viktor Orban appréciaient ensemble le lancement des Mondiaux de judo de Budapest. Le maître du Kremlin renvoya l’ascenseur au Magyar en conviant Orban, le fan de foot, à la Coupe du monde en Russie l’année suivante. Les deux dirigeants malmenant ONG critiques et presse indélicate se sont rencontrés neuf fois en une décennie.

Lire encore: Course aux vaccins: état des lieux