L’avocat de Nicolas Sarkozy est sorti du tribunal sans dire un mot. Son client, qui fêtait son 55e anniversaire, a subi jeudi une déconvenue de taille. Son vieux rival Dominique de Villepin a été acquitté du chef de «complicité de dénonciation calomnieuse», dans l’affaire des faux listings de Clearstream attribuant des comptes occultes au président et d’autres personnalités.

Plus tard dans la journée, l’Elysée a publié un communiqué acceptant, de mauvaise grâce, cette décision. «Je m’étais constitué partie civile parce que je voulais que ces agissements soient portés à la connaissance des Français, qu’ils soient sanctionnés, déclare Nicolas Sarkozy. Le jugement me donne satisfaction […]. Le Tribunal a considéré que le rôle de M. Dominique de Villepin dans la manipulation ne pouvait être prouvé. J’en prends acte tout en notant la sévérité de certains attendus le concernant.»

Le président devra se contenter de l’euro symbolique que lui verseront les trois condamnés, Florian Bourges, Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin, considérés comme seuls coupables de la fabrication et de la diffusion des faux listings, en 2003 et 2004.

A vrai dire, Dominique de Villepin sort blanchi, mais pas totalement indemne de la procédure, qu’il décrit comme une «épreuve» qui l’a «blessé». Le jugement, dont la lecture a duré deux heures, affirme qu’il a menti sur plusieurs épisodes clés de l’affaire. Ainsi, contrairement à ce qu’il affirme, le nom de Nicolas Sarkozy a bien été évoqué en relation avec des comptes bancaires lors de la réunion, le 9 janvier 2004, entre lui et Jean-Louis Gergorin, considéré comme le cerveau machiavélique de la machination.

Ensuite, malgré ses dénégations, Dominique de Villepin est bien intervenu pour faire libérer Imad Lahoud, le fabricant des faux listings, afin de protéger une source susceptible de lui procurer un «avantage politique […] dans un contexte de rivalité notoire au sein du gouvernement», face à Nicolas Sarkozy.

Enfin, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, entre 2004 et 2005, Dominique de Villepin a «curieusement» omis de déclassifier la note d’un de ses services, la DST, qui dénonçait la machination. Il a affirmé «contre toute vraisemblance ne pas avoir eu connaissance de cette note». Le tribunal voit dans cette attitude une «volonté de dissimulation».

Mais rien de tout cela ne suffit à le condamner. L’ancien premier ministre, estime le jugement, ne pouvait pas savoir que les listings étaient faux – malgré leur invraisemblance manifeste. Il n’y a aucune preuve qu’il ait donné instruction de les transmettre au juge Renaud van Ruymbeke, ou à d’autres. Rien ne montre qu’il ait «eu connaissance de l’intention de Jean-Louis Gergorin de poursuivre le processus calomnieux». Et même si ce dernier était son ami, rien ne prouve qu’il aurait pu l’empêcher de continuer son «œuvre malfaisante». Le simple fait de n’avoir informé ni ses collègues du gouvernement, ni la justice, de ce qu’il savait, ne constitue pas un crime.

Le raisonnement du procureur de Paris, Jean-Claude Martin, qui accusait Dominique de Villepin d’avoir laissé prospérer la calomnie, tel Ponce Pilate se lavant les mains du supplice de Jésus, se trouve ainsi invalidé. De même que la thèse de Thierry Herzog, l’avocat de Nicolas Sarkozy, qui faisait de l’ancien premier ministre «l’instigateur de cette machination».

Que va-t-il se passer maintenant? A l’issue du verdict, Dominique de Villepin – les traits tirés, le visage grave, marqué par la tension – a proposé à Nicolas Sarkozy de faire la paix: «Je n’ai aucune rancœur, aucune rancœur… Je veux tourner la page. […] C’est vers l’avenir que je veux me tourner, pour servir les Français et contribuer, dans un esprit de rassemblement, au redressement de la France.»

Les amis de l’ancien chef du gouvernement espèrent maintenant un «geste» montrant que Nicolas Sarkozy est disposé, lui aussi, à passer l’éponge sur l’épisode Clearstream. Sans savoir combien de temps il leur faudra attendre.