Tout était prêt. Mais ils ne sont pas vraiment venus. Dimanche matin, devant le capitole de Harrisburg, capitale de la Pennsylvanie, les forces de l'ordre étaient présentes en nombre pour éviter toute tentative d'insurrection de la part de militants pro Trump. Le FBI avait prévenu: les menaces sont sérieuses. Alors que près de 25 000 soldats de la Garde nationale sont déployés à Washington depuis l'attaque meurtrière du Capitole du 6 janvier et dans la perspective de la cérémonie d'investiture de Joe Biden de mercredi, la crainte que les capitoles des 50 Etats américains puissent également être pris pour cible demeure.

Un hoodie «Fraud 2020»

C'est dans ce contexte anxiogène que le capitole de Harrisburg bénéficie d'une protection renforcée: comme une quinzaine d'autres Etats, la Pennsylvanie a décidé d'actionner la Garde nationale. Des flyers qui circulaient ces derniers jours faisaient craindre une manifestation armée. Elle devait se dérouler ce dimanche à midi. Barrières oranges devant les entrées du complexe, policiers en rangs d'oignons avec protections anti-émeutes, soldats de la Garde nationale parfois lourdement armés, snipers discrètement perchés aux abords de la coupole, véhicules militaires blindés et ambulances placés à l'écart, et quelques rues bloquées: dimanche matin, dans une ville un brin endormie, les trumpistes étaient attendus de pied ferme. Mais il n'y en a eu au final qu'une toute petite poignée, restés relativement calmes. 

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Comme Alex, de la ville voisine de Hershey - celle des fameux chocolats -, avec son chien et son hoodie portant l'inscription «Fraud 2020». «Election volée», «futur pays communiste», crainte de voir les Américains blancs perdre leurs privilèges «à cause de Black Lives Matter»: il avait plusieurs «messages» pour Joe Biden, révélateurs de son état d'esprit. Un peu plus loin un «Antifa», tout en avalant une pizza, se moquait des «suprémacistes blancs, qui ont eu la trouille de venir». 

Faire tomber la statue Trump

Les marches du capitole étaient en fait surtout peuplées de journalistes et de photographes, qui erraient dans le froid, à attendre ce qui n'est pas venu. Puis vers midi, l'activiste Gene Stilp, connu dans le coin, et deux acolytes, conscients que toute l'attention médiatique serait braquée sur eux, sont venus avec un faux Trump en carton, une affiche invitant à l'emprisonner et un faux socle de statue avec les inscriptions «Suprémaciste blanc. Fasciste. Coupable d'homicide par négligence sur plus de 375 000 Américains. Menteur. Traître». Le ton était donné. Gene Stilp s'est fait un plaisir, à plusieurs reprises, de mimer la chute de la statue Trump: «Pour le bien de notre démocratie, nous allons faire tomber ce dictateur ici même.»

En s'écartant un peu du Capitole, dans des petites ruelles aux maisons de brique, on tombe sur un policier décontracté, qui s'extasie devant deux petits chiens et charrie son propriétaire: «Ah, vous êtes au moins bien protégé vous!». Un peu plus loin, une femme en voiture passe de groupes de soldats en groupes de soldats pour leur lancer des petits mots de remerciement et d'encouragement: «Merci pour ce que vous faites! Stay safe, guys!». A Harrisburg, les forces de l'ordre resteront en état d'alerte une bonne partie de la semaine. Il va bien falloir que ses habitants s'y habituent.

Vendredi, le gouverneur de la Pennsylvanie, Tom Wolf, un démocrate, avait annoncé la mobilisation de 450 soldats de la Garde nationale de l'Etat pour protéger le capitole. Quant au maire de la ville, Eric Papenfuse, il a cherché à être rassurant et optimiste. Dans une vidéo publiée sur le compte Twitter de la ville, il précise être «bien conscient des inquiétudes de nombreux habitants de Harrisburg» mais déclare: «Nous sommes prêts à faire face à tout ce qui pourrait se présenter. Au cours de la semaine dernière, il y a eu un effort énorme à tous les niveaux pour coordonner et préparer la réponse qui sera nécessaire.»

Plusieurs boîtes aux lettres aux alentours du capitole ont par ailleurs été déplacées, par précaution. Dimanche, un hélicoptère et un drone surveillaient le quartier. La Pennsylvanie a ces dernières semaines déjà beaucoup fait parler d'elle. L'Etat pivot a donné Joe Biden gagnant, une victoire immédiatement contestée, en vain, par les avocats de Donald Trump devant les tribunaux, en dénonçant des «irrégularités» et fustigeant le vote par correspondance. 

Craintes autour de Lansing

Malgré ce week-end sous tension, aucun incident majeur n'a été à déplorer ailleurs. Ohio, Michigan, Floride, Caroline du Sud, Texas: les trumpistes étaient à chaque fois en petit nombre et les forces de l'ordre n'ont dû procéder à aucune arrestation. Les inquiétudes les plus fortes se concentraient sur Lansing, dans le Michigan. En mai, des partisans de Donald Trump avaient fait irruption dans le capitole de la ville, armés, en pleine session parlementaire, pour protester contre les restrictions imposées par la gouverneure Gretchen Withmer à cause du Covid-19. Et en octobre, le FBI a annoncé avoir déjoué une tentative de kidnapping contre la démocrate.

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Le déploiement des forces de l'ordre y était plus spectaculaire dimanche, mais les pro Trump, dont des partisans du mouvement Boogaloo, s'y sont faits relativement discrets, sans s'éterniser devant le capitole. Même si certains portaient des armes.