Vincent Bolloré, l'homme qui a mis son jet privé à disposition de Nicolas Sarkozy, n'est pas un industriel ordinaire. Héritier d'une dynastie de papetiers bretons, il règne aujourd'hui sur un empire hétéroclite: on y trouve des plantations en Indonésie et une papeterie écologiquement certifiée à Thonon, des usines de batteries et des journaux gratuits, des sociétés de logistique et des participations financières. Le tout pèse près de 6 milliards d'euros.

A la fois discret et omniprésent, Vincent Bolloré est «dans l'establishment, et en même temps anti-establishment», estime Nicolas Cori, journaliste à Libération et auteur d'un livre à paraître sur le milliardaire. Son jeu préféré: acheter des actions dans des sociétés vulnérables, les mettre sous pression et sortir après quelques mois en empochant une coquette plus-value. Il a fait le coup à la banque Lazard et à Martin Bouygues, l'un des meilleurs amis de Nicolas Sarkozy. Mais son chef-d'œuvre est peut-être la vente de sa participation dans le fabricant de tuyaux Vallourec, qui lui aurait rapporté plus de un milliard d'euros.

Aujourd'hui, certains observateurs se demandent ce que sa proximité avec Nicolas Sarkozy peut rapporter à Vincent Bolloré. Il y aura «forcément une contrepartie», accusait mardi le député socialiste Arnaud Montebourg. Pour l'instant, elle ne se voit pas. Mais pour un milliardaire qui se verrait bien en magnat des médias - il vient de racheter l'antenne française de l'agence AP - une relation confiante avec le meilleur sujet du moment ne peut pas nuire.