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Vingt ans après, les plaies toujours ouvertes de la guerre au Kosovo

Le 24 mars 1999, l’OTAN lançait contre la Yougoslavie de Milosevic une campagne de bombardements qui allait durer 78 jours. En raison des combats entre forces serbes et guérilla kosovare, près d’un million de personnes prenaient la route de l’exil. Aujourd’hui, les promesses de paix tardent toujours à se concrétiser

Autrefois, il n’y avait pas de route. Seul un chemin de terre partait de la ville de Vushtrri pour gagner les collines de la Drenica, bastion historique du nationalisme albanais et fief de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK). D’un hameau à l’autre, on tombait parfois sur des check-points tenus par des miliciens en armes. C’est sur le plateau de Qirez que la guerre a commencé, au début du mois de mars 1998, quand la police serbe a lancé ses premières offensives contre quelques grandes familles albanaises liées à la guérilla naissante. Près du village de Likoshanë, une pyramide aux vitres brisées conserve des stèles à la gloire des «martyrs» tombés au combat. Alors que la nuit tombe, les fumées des fermes de la Drenica se mêlent aux remugles de pollution qui montent de l’agglomération de Pristina, à une vingtaine de kilomètres au sud-est.

Nous avons la liberté, mais c’est tout. Si peu de choses ont changé en vingt ans que je suis sûr que dans vingt ans, cela n’ira pas mieux

Rahman Brahimi, habitant de Qirez

Nous avons la liberté, mais c’est tout. Si peu de choses ont changé en vingt ans que je suis sûr que dans vingt ans, cela n’ira pas mieux

Rahman Brahimi, habitant de Qirez

Désormais, les routes sont asphaltées, les maisons ont été reconstruites. Seules les ruines de la mosquée de Qirez, qui abrita des centaines de réfugiés chassés par les combats de septembre 1998, témoignent encore de la guerre. Sur le plateau battu par les vents, la vue porte à l’infini mais les villages semblent vides et beaucoup de champs ne sont plus cultivés. «Le problème, c’est que la terre ne rapporte pas. Les semences et les engrais sont trop chers et le Kosovo importe toute sa nourriture», explique Rahman Brahimi, la cinquantaine. «Ceux qui le pouvaient sont partis trouver du travail à l’étranger, mais nous, au village, nous n’avons rien.» Les quelques hommes réunis, comme chaque fin d’après-midi, dans le petit café de Qirez, opinent du bonnet. Rahman réfléchit un instant, puis lance: «Nous avons la liberté, mais c’est tout. Si peu de choses ont changé en vingt ans que je suis sûr que dans vingt ans, cela n’ira pas mieux.»